©AfreePress-(Lomé, le 17 août 2023)- Dans les rues animées de Dapaong (600 km au nord de Lomé), une réalité sombre se cache derrière le brouhaha quotidien de la population. Ici, des enfants âgés de 8 à 18 ans sont pris au piège d’une lutte pour la vie. Les rêves de scolarisation sont sacrifiés sur l’autel du gain que rapporte le ramassage de la ferraille. Ils sont nombreux dans cette armée invisible des petites mains, collectionneuses de ferraille. Plongée dans une vie sombre et triste des enfants sans soutien de Dapaong, tenue loin des bancs de l’école.
Une triste réalité
Nous sommes au quartier Kouridjoak (Dapaong ville), à quelques pas du stade municipal de cette ville, un enclos encombré de tôles rouillées trône dans de la broussaille non loin de là et sert d’abri à quelques mômes au corps dégarni de chair. Cette armée squelettique est en quête de ferraille qu’elle échangera contre quelques pièces d’argent. Cette activité est une importante source de revenu pour eux. Chaque jour, Yendoube, 13 ans, se faufile à travers les décharges et emprunte les rues poussiéreuses des quartiers Worgou, Zongo et autres, collectant de gauche à droite, des morceaux de fer abandonnés.
Interrogé, d’une voix timide et non assurée, l’adolescent révèle à notre micro, la dure réalité qui est la sienne depuis le décès de sa grand-mère, la seule famille qu’il avait sur terre. N’ayant ni père, ni mère, encore moins, un membre de famille, Yendoube n’a personne sur qui compter et déjà, à l’âge de 13 ans, l’enfant doit porter sur ses frêles épaules, tout le poids d’une vie d’adulte et subvenir tout seul à ses besoins vitaux.
« Je ramasse ces vieux morceaux de fer au niveau de l’hôpital CHR pour les revendre et subvenir à mes besoins. C’est ma grand-mère qui s’occupait de moi. Après son décès, je n’ai plus aucun soutien. Alors, j’ai abandonné l’école en classe de CM1 à l’École Centrale », explique-t-il, les yeux pleins de larmes et appelant au secours.
À ses côtés, se tient Noé, 12 ans. Lui, il jongle entre la recherche et le ramassage de ferraille et les cours à l’école. Élève en classe de 6ᵉ au CEG Dapaong-Ville, il raconte comment lui et ses amis parcourent les quartiers, fouillant dans les poubelles et dans les coins les plus reculés de la ville, à la recherche du moindre fragment de fer. Faisant preuve d’une maturité déconcertante pour son âge, il explique que chaque kilogramme de ferraille collecté vaut 1 250 francs CFA (environ 2 euros), un maigre butin pour lui permet de payer ses repas et de mettre un peu de côté pour ses fournitures scolaires.
Les risques d’un métier dangereux
Mais cette quête désespérée de ferraille ne se fait pas sans risques. Dambe, a 17 ans. Son corps est parcouru de cicatrices. « Parfois, nous nous blessons en ramassant de la ferraille. Si ça arrive, nous devons acheter nous-même les médicaments et parfois donner de l’argent à l’infirmier pour les soins », témoigne-t-il tout triste.
Youdoupalou Salifou, superviseur du lieu de vente et de dépôt de cette ferraille, explique que tout est chargé dans un camion. Une fois les 20 à 30 tonnes accumulées, elles sont convoyées à Kara pour subir du recyclage avant d’être acheminées vers Lomé et l’extérieur du pays.
À Dapaong, l’histoire de Dambe, Noé et Yendoube est celle de centaines d’autres enfants sans parents ni soutien. Certains parmi eux, ont eu la chance d’être pris en charge par des orphelinats ou des familles d’accueil. Mais bien d’autres errent encore dans la nature, leur avenir scolaire se trouve déjà derrière eux.
Dans les rues de Dapaong, la jeune enfance se heurte parfois à la dure réalité d’une société qui a renoncé à la solidarité. Les visages juvéniles portent à la fois les marques de souffrance mêlées à quelques larmes d’espoir. Ce qui offre aux visiteurs, un aperçu déchirant de ces vies fragiles sacrifiées sur l’autel de l’indifférence de l’entourage. Les visages de ces jeunes qui devraient être à d’école, portent déjà les cicatrices observées chez des êtres déjà cinquantenaires. À peine 10 ans d’âge, ces petits-êtres ont déjà vécu toute une vie d’adulte.
Il est important de rappeler qu’au Togo, l’éducation des enfants en bas-âge est un droit fondamental. Ces dernières années, le gouvernement a pris des mesures pour faciliter l’accès à l’école à ces enfants. L’école a été rendue gratuite avec la suppression des frais d’inscription et de scolarité pour les primaires, les collèges et lycées publics. La cantine scolaire est également prise en charge, allégeant ainsi le fardeau des familles. De plus, l’assurance scolaire, connue sous le nom de « School Assur », offre une sécurité sanitaire supplémentaire aux élèves et à leurs parents en cas de maladie et d’hospitalisation.
Diblo TAKINI (Correspondant AfreePress région des Savanes)









