Le gouvernement ghanéen entame une nouvelle étape de la réforme de la Constitution de 1992. Parmi les mesures phares figurent l’allongement du mandat présidentiel de quatre à cinq ans, l’abaissement à 35 ans de l’âge minimum pour briguer la magistrature suprême et plusieurs réformes institutionnelles. Présenté comme un levier de stabilité et d’efficacité gouvernementale, le projet suscite néanmoins des interrogations sur les priorités nationales et l’équilibre démocratique.
Par Olivier A.
Lomé, le 03 août 2026 (©AfreePress) – Le Ghana s’engage dans l’une des réformes institutionnelles les plus importantes de son histoire récente. Le gouvernement du président John Dramani Mahama a officiellement retenu plusieurs recommandations issues du processus de révision de la Constitution de 1992, dont la plus emblématique prévoit de porter la durée du mandat présidentiel de quatre à cinq ans. Le projet prévoit également d’abaisser de 40 à 35 ans l’âge minimum requis pour se présenter à l’élection présidentielle.
Cette réforme, en discussion depuis plus d’une décennie, vise, selon l’exécutif, à adapter les institutions aux réalités contemporaines. Les autorités estiment qu’un mandat de cinq ans offrirait au chef de l’État davantage de temps pour mettre en œuvre son programme avant que ne s’ouvre un nouveau cycle électoral, souvent marqué par une campagne précoce qui réduit la marge d’action gouvernementale.
Le chantier constitutionnel ne se limite toutefois pas à la seule question de la durée du mandat présidentiel. Il s’inscrit dans un vaste programme de modernisation des institutions engagé après les travaux du Comité de révision constitutionnelle présidé par le professeur Henry Kwasi Prempeh. Les recommandations portent également sur la gouvernance publique, le fonctionnement des institutions et le renforcement de la démocratie ghanéenne.
Malgré les assurances du gouvernement, l’initiative suscite un débat nourri au sein de la classe politique et de la société civile. Certains responsables de l’opposition soupçonnent l’exécutif de chercher à prolonger indirectement le séjour au pouvoir du président Mahama. Une hypothèse rejetée par plusieurs spécialistes du dossier, qui rappellent que les procédures de révision de la Constitution sont longues et qu’une éventuelle modification ne pourrait s’appliquer rétroactivement au mandat en cours du chef de l’État.
Des organisations de la société civile et plusieurs analystes reconnaissent qu’un mandat plus long pourrait favoriser la continuité des politiques publiques et réduire les coûts liés à la fréquence des élections. D’autres, en revanche, estiment que la priorité devrait être accordée au renforcement de la transparence, de la gestion des finances publiques et des mécanismes de contrôle démocratique plutôt qu’à la modification de la durée du mandat présidentiel.
Le calendrier gouvernemental prévoit la finalisation des projets de loi d’ici au mois d’octobre. Les dispositions nécessitant une modification des clauses protégées de la Constitution devront ensuite être soumises à un référendum national, qui pourrait être organisé en même temps que les élections locales prévues en 2027.
Si elle aboutit, cette réforme marquera un tournant majeur dans l’évolution institutionnelle du Ghana. Considéré comme l’une des démocraties les plus stables d’Afrique de l’Ouest, le pays ouvre ainsi un débat de fond sur l’équilibre entre stabilité gouvernementale, efficacité de l’action publique et préservation des mécanismes de reddition des comptes qui constituent le socle de son système démocratique.
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