Lomé, le 17 août 2026-(©AfreePress)- Une opération menée par la Gendarmerie nationale dans la zone de Ségbé, dans la préfecture du Golfe, vient de mettre au jour une importante quantité de faux billets et de supports présumés liés à un procédé de falsification monétaire. Trois personnes ont été interpellées à la faveur d’une enquête déclenchée après une plainte pour escroquerie.
L’affaire, qui pourrait révéler un circuit plus structuré de faux monnayage, remonte au 15 août 2026. Ce jour-là, les éléments de la Brigade territoriale de Vakpossito ont interpellé G. BINOUTIB, 30 ans, chauffeur de nationalité togolaise et domicilié à Ségbé.
Les premières investigations ne se sont toutefois pas arrêtées à cette arrestation. En poursuivant leurs recherches, les enquêteurs ont remonté une piste jusqu’à un chantier inachevé, présenté comme un lieu susceptible d’abriter des activités liées à la fraude. Deux autres individus y ont été appréhendés : B. ATAWI, 49 ans, Togolais sans profession, et O. MAHAMADOU, 41 ans, de nationalité burkinabè, revendeur résidant également à Ségbé.

Une saisie qui intrigue
La perquisition effectuée sur le site a permis aux gendarmes de mettre la main sur une caisse contenant un arsenal pour le moins singulier.
Les enquêteurs y ont notamment découvert 88 faux billets de 5 000 francs CFA, soit une valeur faciale cumulée de 440 000 FCFA, ainsi que 480 faux billets de 100 dollars américains, représentant une valeur faciale de 48 000 dollars.
À ces coupures s’ajoutent des quantités considérables de supports non finalisés : 5 650 papiers noirs découpés au format des billets de 100 dollars et 17 200 papiers noirs découpés au format des billets de 5 000 FCFA. Un rouleau de papier aluminium et des caoutchoucs figuraient également parmi les objets saisis.
L’ensemble laisse entrevoir, selon les premiers éléments de l’enquête, l’existence d’un procédé destiné à donner à des supports préalablement préparés l’apparence de véritables billets ou à faciliter leur transformation. Les enquêteurs devront désormais déterminer avec précision la destination du matériel, son mode d’utilisation et surtout l’éventuelle existence d’autres membres ou bénéficiaires du réseau.
Le spectre du « wash-wash »
Cette affaire présente des similitudes avec un mode d’escroquerie déjà documenté dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, notamment autour des « billets noirs », parfois désignés sous le vocable de wash-wash. Le procédé consiste généralement à faire croire à des victimes que des feuilles ou billets prétendument recouverts d’une substance peuvent être « lavés » ou transformés en véritables coupures moyennant l’achat de produits ou le versement d’une somme d’argent.
Au Sénégal, une enquête publiée en mars 2026 décrivait encore ce mécanisme comme une escroquerie fondée sur l’illusion et la manipulation des victimes.
Le Togo n’est d’ailleurs pas étranger à ce type de pratiques. En 2021, la Gendarmerie nationale avait déjà interpellé à Lomé deux individus accusés d’utiliser de faux dollars et des coupures de papier vierges dans une opération destinée à soutirer de l’argent à une victime. En janvier 2022, la Police nationale avait également annoncé l’arrestation de deux présumés faussaires spécialisés dans la production de faux documents et de fausses monnaies, avec la découverte de billets en francs CFA et en devises étrangères.
Ces précédents montrent que la circulation de fausse monnaie et les escroqueries fondées sur de prétendus « billets à transformer » constituent un phénomène récurrent, qui dépasse le simple écoulement de quelques coupures contrefaites.
La BCEAO appelle à la vigilance
La problématique revêt un enjeu particulier dans l’espace UEMOA. La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) rappelle que l’authentification des billets constitue un volet essentiel de la lutte contre la contrefaçon et indique disposer de dispositifs spécifiques pour détecter les faux signes monétaires. Elle organise également des formations à l’authentification des billets au profit notamment des banques, des institutions financières et des services chargés de la répression du faux monnayage.
L’institution recommande par ailleurs au public de conserver le réflexe de vérifier l’authenticité des billets lors des transactions. Les billets de la BCEAO comportent plusieurs éléments de sécurité permettant leur contrôle par l’observation, l’inclinaison et le toucher.

Dans le cas de Ségbé, l’enquête devra maintenant établir les responsabilités individuelles des trois suspects et déterminer si les supports découverts étaient destinés à une production locale, à une opération d’escroquerie ou à un réseau plus vaste.
Les trois personnes interpellées devraient être présentées aux autorités judiciaires compétentes à l’issue de la procédure d’enquête, conformément aux suites qui seront données au dossier.
La Gendarmerie nationale invite enfin les populations à la prudence face aux offres financières trop avantageuses, aux opérations de change suspectes et aux propositions de transformation de prétendus « billets noirs ». Elle encourage également tout témoin ou toute personne disposant d’informations utiles à les communiquer aux services de sécurité.










