Lomé, le 30 mai 2024-(©AfreePress)- Le Tribunal de grande instance de Lomé a rendu son verdict dans l’affaire très médiatisée des deux jeunes accusés d’outrage au Chef de l’État à travers une vidéo diffusée sur TikTok. Il s’agit nommément de Wazé Koffi Blaise, élève de 20 ans en classe de 1re, et Fousséni Abirou, apprenti maintenancier de 24 ans. Ils ont comparu en audience de flagrant délit devant la chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Lomé mercredi. Ils ont été condamnés à six mois de prison avec sursis, une peine qui signifie qu’ils ne seront pas incarcérés.
L’audience a attiré une attention particulière, avec la présence de figures politiques telles que Robert Daté Yao du Comité d’action pour le renouveau (CAR), Mme Brigitte Adjamagbo-Johnson de la Convention démocratique des peuples africains (CDPA), ainsi que des représentants de la société civile, dont le Professeur David Dosseh du Front citoyen Togo Debout (FCTD).
Les jeunes accusés, placés en détention provisoire au Service central de recherches et d’investigations criminelles (SCRIC) puis à la Prison civile de Lomé, ont reconnu les faits qui leur étaient reprochés et ont sollicité la clémence du juge. Le Procureur a souligné trois aspects incriminants de la vidéo : des propos rappelant au Chef de l’État qu’il est mortel, des insinuations sur son intelligence relative aux Togolais, et des insultes directes. Le ministère public a requis une peine de six mois de prison, assortie ou non de sursis.

C’est le premier grand dossier qu’a géré la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH) et son tout-nouveau président, Me Ohini Kwao Sanvee. Selon les informations, l’institution nationale de défense des Droits de l’Homme a pesé de tout son poids afin d’obtenir la relaxe de ces deux élèves. La CNDH a travaillé en étroite collaboration avec les familles des deux jeunes hommes incriminés afin de trouver une issue favorable dans cette affaire plaidant auprès des magistrats, la cause de ces personnes encore jeunes et naïves à plusieurs égards. L’institution est d’ailleurs satisfaite de la libération des accusés, mais aurait voulu, qu’ils n’écopent pas d’une condamnation. « L’un des deux jeunes devrait se présenter à son examen de Probatoire. Cependant ce n’est que partie remise, il aura l’occasion de se rattraper », se sont félicitées les familles qui n’ont pas manqué d’exprimer leurs remerciements à l’endroit de la CNDH qui selon elles, a pesé de tout son poids afin que le procès ait rapidement lieu et que le verdict soit clément pour les deux jeunes hommes.
Au procès proprement dit, les avocats de la défense, parmi lesquels se trouvaient Mes Paul Dodji Apevon, Claude Amégan, et Elom Kpadé, ont plaidé pour la clémence, mettant en avant les failles procédurales et le caractère infondé de la plainte selon les dispositions du nouveau Code pénal. Me Elom Kpadé a notamment mis en avant les articles 490 et suivants qui selon lui, ne s’appliquaient pas à la situation car la vidéo incriminée avait été publiée, et non gardée privée.
Après une courte suspension de l’audience pour délibération, le président du tribunal a prononcé une peine de six mois d’emprisonnement avec sursis pour les deux jeunes hommes, leur permettant ainsi de recouvrer immédiatement leur liberté.
Cette décision a été diversement accueillie. Me Dodji Apevon a exprimé son soulagement, affirmant que l’essentiel était la liberté des jeunes. Robert Yao Daté, président national du CAR, a salué la compréhension du tribunal. En revanche, Professeur David Dosseh, Premier Porte-parole du Front citoyen Togo Debout, s’est dit déçu, estimant que le juge avait manqué de courage en ne relaxant pas purement et simplement les prévenus.
Ce verdict marque une étape significative dans cette affaire, soulageant les familles et les proches des jeunes tout en suscitant des débats sur la liberté d’expression et les procédures judiciaires au Togo.
Olivier A.









