Lomé, le 03 septembre 2025-(©AfreePress)- Alain Nkontchou signe un retour remarqué au premier plan d’Ecobank Transnational Incorporated (ETI). Par l’intermédiaire de sa société privée Bosquet Investments, l’homme d’affaires camerounais a acquis la participation de 21,22 % détenue jusque-là par le sud-africain Nedbank, devenant ainsi l’actionnaire principal du groupe bancaire panafricain. Avec les 2,86 % déjà détenus via Enko Capital, qu’il codirige avec son frère Cyrille, sa part totale s’élève désormais à près de 24 %. L’opération est encore soumise à l’aval des régulateurs, mais son approbation semble acquise.
Ancien président du conseil d’administration d’ETI entre 2020 et 2024, Alain Nkontchou connaît intimement la maison Ecobank. Il retrouve le groupe dans un contexte contrasté. Une performance financière en progression, avec 398 millions de dollars de bénéfice avant impôts enregistrés au premier semestre 2025 (+23 % par rapport à l’année précédente), mais un actionnariat toujours frustré par l’absence de dividendes.
L’ombre d’Ecobank Nigeria (EBN) plane sur ce tableau. Autrefois moteur du groupe – représentant 43 % du chiffre d’affaires en 2014 – sa contribution a chuté à seulement 6 % en 2024. Déclassée par les agences de notation (Fitch a abaissé sa note de viabilité à « f » fin juillet), EBN peine à satisfaire aux exigences réglementaires et a sollicité un moratoire sur une obligation de 300 millions USD arrivant à échéance en 2026. ETI a déjà multiplié les interventions de sauvetage, allant d’injections de capitaux à des émissions obligataires, sans parvenir à redresser durablement la situation.
Au-delà des fragilités structurelles, EBN est empêtrée dans un litige sensible avec la société Wilben Trade et son PDG Marcus Wade. Ce contentieux, né de pertes liées à des transactions de matières premières en 2014/15, a débouché sur des accusations d’extorsion et de coercition portées contre des responsables d’ETI et de sa filiale de recouvrement, ETISRC. Wilben a saisi la justice aux Émirats arabes unis, réclamant 67,8 millions de dollars de dommages et intérêts. Une nouvelle audience est prévue en ce mois.
Dans ce contexte, le rôle de Nkontchou est scruté de près. Camerounais d’origine, lié au Nigeria par sa famille et ses affaires – son épouse y dirige la société de gestion de patrimoine W8 Advisors – il voit désormais sa réputation indissociable de l’avenir d’Ecobank. Son défi majeur sera de restaurer la crédibilité du groupe, de solder les contentieux qui entachent son image et surtout de repositionner la filiale nigériane au cœur de la stratégie d’ETI.
Le grand retour de Nkontchou à Ecobank est porteur d’espoirs mais aussi de périls : l’heure est venue pour lui de trancher entre continuité et rupture, afin de sauver le groupe panafricain d’une crise qui pourrait s’aggraver.
Olivier A.









