Lomé, le 12 novembre 2025-(©AfreePress)- Lancée le 23 octobre dernier, l’Assurance Maladie Universelle destinée aux Travailleurs Non-Salariés (AMU-TNS) suscite à la fois enthousiasme et prudence parmi les acteurs du secteur informel. Avec une cotisation mensuelle fixée à 10 000 F CFA, ce nouveau dispositif du gouvernement vise à offrir une couverture santé aux travailleurs indépendants, notamment aux milliers de commerçantes et commerçants qui animent les marchés du pays.
Cette réforme s’inscrit dans la politique nationale de protection sociale universelle, dont l’objectif est de réduire les inégalités d’accès aux soins. Cependant, sur le terrain, les réactions demeurent contrastées, entre adhésion au principe et réserves sur les modalités.
Des réactions contrastées dans les marchés de Lomé
Un micro-trottoir réalisé par AfreePress au cœur des marchés de la capitale permet de mesurer les attentes et les inquiétudes.
À Adidogomé Assiyéyé, l’annonce de l’AMU-TNS a suscité un vif intérêt. Si plusieurs commerçantes saluent une avancée sociale, beaucoup jugent le montant de la cotisation trop élevé. « C’est une bonne chose. Beaucoup d’entre nous tombent malades sans pouvoir aller à l’hôpital. L’assurance va nous aider, mais 10 000 F, c’est trop pour certaines », confie une revendeuse de légumes surnommée A2.
Pour Maman Pascaline, vendeuse d’épices, la compréhension du mécanisme reste un enjeu. « L’idée est bonne, mais il faut qu’on nous explique comment ça marche. Si on pouvait payer selon nos revenus, ce serait mieux », suggère-t-elle.
Les femmes d’Adidogomé joignent leurs voix à celles de leurs camarades d’Assiyéyé et appellent à une adaptation du dispositif à leurs réalités économiques.
Au marché de Gbossimé, les réactions sont tout aussi nuancées. « Nous travaillons dur, mais les revenus ne sont pas stables. 10 000 F CFA, c’est beaucoup quand les ventes sont faibles », témoigne au micro d’AfreePress, une commerçante de gari.
Une autre, vendeuse de fruits, plaide pour plus de souplesse. « Pourquoi ne pas permettre un paiement trimestriel ou en fonction du chiffre d’affaires ? Ce serait plus juste », défendent-elles.
Espoir prudent à Bè et Akodessewa
Au marché de Bè, les commerçantes oscillent entre espoir et scepticisme. Si la plupart reconnaissent la pertinence du projet, elles veulent d’abord en constater les effets.
« C’est une belle idée, surtout pour les femmes qui tombent souvent malades. Mais avant de payer, je veux être sûre que ça marche vraiment », confie à AfreePress, Goka Ayaba, vendeuse de condiments. Elles estiment aussi que le montant reste prohibitif. « Le coût est trop élevé. Nous qui vendons des produits périssables, on perd souvent beaucoup. L’État doit revoir ça », disent-elles.
Au marché de Bè, les femmes proposent une phase d’essai ou la mise en place d’une subvention initiale pour encourager et favoriser les adhésions.
Même tonalité au marché d’Akodessewa, où les commerçantes saluent l’initiative, tout en réclamant des ajustements. « La santé, c’est la base. Mais payer 10 000 F CFA chaque mois, ce n’est pas possible pour toutes. Si le montant était progressif selon le revenu, ce serait mieux », propose une revendeuse de poissons frais.
« Nous accueillons l’idée avec espoir, mais on veut voir si c’est vraiment appliqué. Trop souvent, les promesses restent au niveau des discours », renchérit une autre.
Elles demandent davantage de transparence et de suivi dans la mise en œuvre du programme.
Entre promesse sociale et défi économique
Après plusieurs jours d’enquête dans les principaux marchés de Lomé, une tendance claire se dégage. Les femmes commerçantes accueillent favorablement l’Assurance Maladie Universelle, mais jugent la contribution de 10 000 F CFA trop lourde au regard de leurs revenus souvent instables.
Elles formulent plusieurs recommandations à savoir la révision à la baisse du montant des cotisations, une flexibilité dans les paiements (mensuelle, trimestrielle ou proportionnelle au revenu), le lancement d’une campagne de sensibilisation à grande échelle et plus accessible et concrète et une implication directe des associations de femmes de marché dans le suivi du programme.
Malgré les réserves, l’espoir d’un véritable progrès social reste intact. Pour nombre de commerçantes, l’AMU-TNS représente une avancée historique vers la reconnaissance du travail informel et la dignité sanitaire de toutes les travailleuses.
Il faut rappeler que le dispositif AMU-TNS permet d’intégrer dans la couverture sanitaire universelle les travailleurs exerçant dans le secteur informel (artisans, commerçants, agriculteurs, travailleurs indépendants, etc.). Il s’inscrit dans la loi n°2021-022 du 18 octobre 2021 instituant l’Assurance Maladie Universelle (AMU) en République togolaise.
La gestion est confiée à la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS) pour les non-salariés et à l’Institut National d’Assurance Maladie (INAM) pour les salariés.
Bénéficiaires et conditions d’accès
Sont éligibles à l’AMU-TNS, les travailleurs non salariés – commerçants, artisans, agriculteurs, acteurs informels, etc. Le dispositif couvre également jusqu’à trois ayants droit (c’est-à-dire famille du principal assuré).
Une période de carence de 90 jours est prévue avant que les prestations ne soient accessibles.
Les modalités de cotisation sont modulables selon la périodicité. Vous pouvez opter pour le mode mensuelle qui est de 10 000 F CFA, trimestrielle qui est de 28 500 FCFA, semestrielle qui est de 54 000 F CFA ou annuelle qui vous reviendra à 102 000 F CFA par an.
Selon la CNSS, les paiements anticipés sont possibles et les cotisations ne sont pas remboursables en cas de non-utilisation. En cas d’absence de paiement sur deux mois, les droits peuvent être suspendus.
Couverture et prestations
La prise en charge couvre les soins préventifs, curatifs, les soins hospitaliers, les analyses médicales et les médicaments essentiels et le dispositif est accessible sur toute l’étendue du territoire national à travers les établissements agréés.
Il repose sur les principes de solidarité, mutualisation des risques, équité et accessibilité financière.
Une plateforme numérique dédiée (ex. tns.cnss.tg) a été mise en place pour l’inscription, la gestion des cotisations et l’adhésion.
Cette extension marque une avancée stratégique vers une couverture santé universelle au Togo, en incluant les travailleurs informels jusque-là exclus.
Dossier réalisé par Albertine A.









