Banjul, 1er mai 2025 – (©AfreePress)- La sixième session délocalisée du Parlement de la CEDEAO, ouverte le 28 avril à Banjul en République de Gambie, a pris fin le 2 mai 2025 sur une note à la fois solennelle et pleine d’espoir.
Au terme de cinq jours de travaux intenses, les parlementaires ouest-africains ont adopté plusieurs résolutions majeures, avec en point d’orgue un appel fort en faveur du retour du Burkina Faso, du Mali et du Niger au sein de l’organisation communautaire.
Placé sous le thème : « Évaluer les implications du retrait de certains États membres sur le processus d’intégration régionale », la rencontre a permis aux commissions mixtes du Parlement, notamment celles des affaires juridiques et des droits de l’Homme, de la sécurité, de l’intégration économique, ainsi que la commission des affaires sociales, genre et promotion de la femme, de mener des échanges approfondis. L’objectif est de trouver des pistes de dialogue durable avec les trois pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), officiellement sortis de la CEDEAO depuis janvier 2025.
Lors d’une conférence de presse de clôture tenue, jeudi 1er mai, les parlementaires ont présenté les grandes lignes des conclusions – dont certaines ont été réservées aux plus hautes instances, notamment la Commission de la CEDEAO, les chefs d’État, ainsi que l’exécutif gambien. Toutefois, deux recommandations clés ont filtré et retiennent l’attention.
Un plaidoyer appuyé pour un retour dans le giron communautaire
Le parlement de la CEDEAO, fidèle à sa vocation de communauté des peuples, tend une nouvelle fois la main aux autorités de Bamako, Ouagadougou et Niamey. L’institution appelle les pays sortants à mettre de côté les rancunes et incompréhensions, pour renouer avec la famille régionale.
L’honorable Veronica Kadie Seesay, présidente de la commission des affaires sociales, a livré une intervention particulièrement émotive.
« Nous avons aussi connu la guerre au Liberia, en Sierra Leone, et avons vu ce que la CEDEAO peut faire pour la paix. Burkina Faso, Niger, Mali, nous avons besoin de vous. Je vous en prie, revenez à la maison. Quand nos États sont en crise, ce sont les femmes et les enfants qui en souffrent le plus. Soyons ensemble et travaillons. Nous sommes ici en tant qu’équipe. Je vous lance un appel en tant que présidente de commission, en tant que mère. Nous avons besoin de vous. Revenez à nous, revenez vers la CEDEAO », a-t-elle plaidé.
Élaboration de mécanismes pour relancer le dialogue et bâtir la confiance

La conférence a acté l’importance d’un dialogue parlementaire renforcé avec les trois pays concernés. Il a été recommandé que les députés de la CEDEAO multiplient les échanges informels avec leurs homologues du Mali, du Niger et du Burkina Faso, afin de proposer des pistes consensuelles aux chefs d’État et à la Commission. Le parlement appelle la commission de la CEDEAO à pleinement associer les députés à la recherche de solutions à cette crise.
Le président de la commission des affaires juridiques et des droits de l’homme Jérémie Adomahou a, pour sa part, exposé les raisons avancées par les pays sortants, notamment la perception de sanctions « excessives » et une défiance envers l’indépendance des décisions de la CEDEAO, jugées par certains influencées par des puissances extérieures.
« La CEDEAO leur a offert un délai de six mois de réflexion. Ce geste traduit notre volonté de les voir revenir. Car les peuples n’ont jamais cessé de vivre ensemble, de commercer, de partager. Il ne s’agit pas de la CEDEAO des chefs d’État, mais bien de celle des peuples », a-t-il déclaré.
Pour une approche inclusive et multisectorielle
Les parlementaires recommandent l’implication active des femmes, des jeunes et des leaders communautaires dans les processus de médiation. Des institutions partenaires telles que l’Union africaine et l’Autorité du bassin du Niger pourraient également être mises à contribution pour jouer un rôle de facilitation, défend le parlement de la CEDEAO.
L’urgence sécuritaire évoquée
En dépit de l’impasse politique, les parlementaires ont souligné l’urgence de maintenir la coopération sécuritaire, notamment face à la menace djihadiste croissante dans la région sahélienne. La coordination entre États est jugée indispensable pour endiguer cette menace transfrontalière.
Les voix de la diaspora
Des échanges ont également été tenus avec des ressortissants maliens et nigériens vivant à Banjul, qui ont expliqué aux parlementaires les motivations de leurs Etats à mettre fin à leur présence au sein du regroupement communautaire. Ceux du Burkina Faso n’ont pu être consultés, en raison de leur faible représentation sur place.

Un accueil salué
La session s’est conclue par une motion de remerciement adressée à l’État gambien pour son hospitalité et son appui logistique.
« On peut ne pas être d’accord, mais on doit continuer à se parler. Oublions le passé et allons de l’avant. Nous devons rester ensemble comme une seule CEDEAO », a insisté l’honorable Seesay.
Cette session à Banjul pourrait bien marquer un tournant historique dans la refondation du projet d’intégration ouest-africain.
Olivier ADJA









