Lomé, le 15 août 25-(©AfreePress)- À Lomé comme dans plusieurs villes du Togo, les vitrines physiques cèdent peu à peu la place aux écrans. Vêtements, produits de beauté, gadgets électroniques, denrées alimentaires, la tendance est claire : les entrepreneurs togolais investissent de plus en plus dans les boutiques en ligne. Si ce modèle séduit par sa praticité et ses faibles coûts, il suscite aussi des réserves, tant chez les consommateurs que chez certains commerçants traditionnels.
Pour de nombreux jeunes entrepreneurs, vendre en ligne est devenu une alternative rentable. Pas besoin de louer un local ni de payer des charges fixes élevées. Un smartphone, une connexion Internet et une bonne communication sur les réseaux sociaux suffisent pour démarrer. « J’ai commencé avec une page Facebook et un compte WhatsApp. Aujourd’hui, j’ai une centaine de clients réguliers et je fais mes livraisons grâce aux services de taxi-moto », confie Ruth Agbésimé, entrepreneure spécialisée dans la vente de cosmétiques. Pour elle, le e-commerce a ouvert une porte que le commerce traditionnel ne pouvait pas lui offrir.
D’autres soulignent que ce modèle facilite l’accès à un marché élargi. « Avec ma boutique en ligne, je vends non seulement à Lomé, mais aussi à Sokodé et Kara. Certains clients de la diaspora me contactent même pour acheter et offrir à leurs familles ici », témoigne Anas Ametowou, vendeur de vêtements en ligne.
Côté clients, la boutique en ligne séduit par sa praticité : pas besoin de se déplacer, les articles sont visibles en un clic et livrés à domicile. « Avec mon travail, je n’ai pas le temps d’aller au marché. Grâce aux boutiques en ligne, je commande mes habits et on me livre à la maison », raconte Sylvie, jeune fonctionnaire.
Mais la tendance ne fait pas l’unanimité. Beaucoup dénoncent un commerce en ligne encore marqué par l’absence de régulation et les risques d’arnaques. « J’ai payé pour un sac de marque qu’on m’a montré en photo. Mais le jour de la livraison, c’était une imitation de mauvaise qualité. Depuis ce jour, je n’ai plus confiance », regrette Cédric, étudiant à l’Université de Lomé.
D’autres clients mettent en avant le problème des produits non conformes ou des retards de livraison qui ternissent l’expérience. « Le commerce en ligne est pratique, mais il manque de garanties. Dans une boutique classique, tu vois le produit avant de payer. En ligne, c’est une loterie », insiste une consommatrice.
Des commerçants traditionnels inquiets
L’essor des boutiques en ligne inquiète aussi certains commerçants installés depuis longtemps dans les marchés et centres commerciaux. « Les jeunes préfèrent investir sur Internet au lieu de louer des stands. Mais pour nous qui payons des taxes et tenons nos boutiques, cela devient une concurrence déloyale », dénonce Afiwa, commerçante au Grand Marché de Lomé.
Elle redoute que cette tendance finisse par affaiblir le commerce physique, qui reste pourtant la principale source de revenus de milliers de familles togolaises.
Pour les analystes, la solution réside peut-être dans une complémentarité entre le commerce en ligne et les boutiques physiques. L’un offre commodité et rapidité, l’autre garantit confiance et proximité. « Le e-commerce n’est pas une menace, mais une évolution. Il faut juste l’encadrer pour protéger les consommateurs et permettre aux commerçants traditionnels d’en tirer parti », estime un économiste de l’Université de Lomé.
Entre opportunités économiques et risques de dérives, les boutiques en ligne s’imposent comme un phénomène incontournable, mais qui soulève encore beaucoup de questions sur l’avenir du commerce local.
Etonam S.










