Lomé, le 20 février 2025 – (©AfreePress) – Une tempête sans précédent est en train de secouer SUNU Bank Togo, filiale du groupe panafricain SUNU. Depuis plusieurs jours, la banque est au cœur d’une tourmente sociale et économique, alimentant les inquiétudes dans le secteur bancaire togolais. À l’origine de cette crise, une décision controversée de la direction générale visant à licencier près de 80 employés, officiellement pour insuffisance de performances et nécessité de restructuration. Une explication vigoureusement rejetée par le Syndicat des Banques et Établissements Financiers du Togo (SYNBANK), qui dénonce une gestion « chaotique » du top management.
Un plan de licenciement aux allures de poudre aux yeux
L’annonce du plan de licenciement intervient dans un contexte économique tendu, où la santé financière de la banque suscite déjà des interrogations. D’après des informations exclusives obtenues par AfreePress, SUNU Bank Togo a enregistré une baisse notable de ses performances financières au cours des dernières années. Le dernier rapport de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) indique un taux de créances douteuses atteignant les 18,7 %. Ce qui est bien au-delà de la norme régionale de 15 %.
Des sources internes révèlent que la banque a accumulé des pertes d’exploitation estimées à plus de 9 milliards de FCFA sur les trois dernières années, conséquence directe d’investissements « non stratégiques » et de décisions managériales discutables. Face à cette situation, les actionnaires auraient exercé une pression accrue sur la direction pour un redressement rapide, dont le licenciement des employés serait l’une des premières mesures.
Des dépenses extravagantes en pleine crise
Pour le SYNBANK, ces licenciements cachent en réalité une tentative de dissimuler une mauvaise gouvernance. « La direction veut faire porter le chapeau aux employés pour des erreurs de gestion dont elle est seule responsable », dénonce un délégué syndical.
Le syndicat dénonce notamment des dépenses somptuaires, en décalage total avec la situation financière de l’institution. Entre 2019 et 2023, SUNU Bank Togo aurait déboursé près de 4 milliards de FCFA dans des projets de digitalisation dont les résultats restent invisibles, ainsi que dans des primes et avantages faramineux accordés à certains cadres. L’acquisition récente d’un immeuble de prestige à Lomé, évalué à plus de 2,5 milliards de FCFA, suscite également la controverse. Pour beaucoup, cet investissement apparaît démesuré en période de turbulences.
Un audit de la BCEAO pointe de graves dysfonctionnements
Un rapport d’audit de la BCEAO, consulté par AfreePress, dresse un tableau préoccupant de la situation de la banque. SUNU Bank Togo affiche un ratio de liquidité de 7,2 %, en deçà du minimum réglementaire de 8 %. Cette contre-performance traduit une gestion inefficace des ressources et un recours excessif à des financements extérieurs.
L’audit dévoile aussi des irrégularités dans l’octroi de crédits. Plusieurs prêts auraient été accordés à des entreprises liées à certains administrateurs sans garanties suffisantes. Le montant de ces créances non recouvrées s’élèverait à 5,6 milliards de FCFA, compromettant ainsi la stabilité de l’établissement.
Vers une intervention gouvernementale ?
Face à l’escalade des tensions, de nombreuses voix appellent à une médiation gouvernementale. Sollicité par le SYNBANK, le ministère de l’Économie et des Finances aurait entamé des discussions en coulisses pour apaiser la situation.
De son côté, la direction de SUNU Bank Togo maintient sa ligne de conduite, arguant de la nécessité de redresser les comptes et d’assainir la gestion interne. Elle promet également la mise en place de nouvelles mesures pour restaurer la confiance des partenaires.
Pour leur part, les employés exigent non seulement la réintégration des personnes licenciées mais aussi la conduite d’un audit indépendant afin de faire la lumière sur la gestion des ressources.
En attendant une issue à cette crise, l’avenir de SUNU Bank Togo demeure incertain. La persistance des tensions sociales et des dysfonctionnements internes pourrait ébranler davantage l’établissement, à un moment critique où le secteur bancaire togolais s’efforce de renforcer sa résilience face aux défis économiques régionaux.
Anika A.









