Lomé, le 26 octobre 2025-(©AfreePress)- Longtemps dominée par des ressortissants nigériens, la collecte et la revente de ferrailles suscitent désormais un intérêt croissant parmi les jeunes Togolais. À l’instar d’autres secteurs naguère monopolisés par des étrangers — comme la cordonnerie ou la vente de friperie —, cette activité jadis marginale devient progressivement une source de revenus pour de nombreux compatriotes.
La chasse quotidienne à la ferraille
Dès les premières lueurs du jour, ils sillonnent les rues de Lomé, brouette et balance autour du cou, guettant le moindre morceau de métal. Reconnaissables à leur cri distinctif « Gakpo Gbléglé », souvent prononcé avec un accent sahélien, ces jeunes fouillent les tas d’ordures, arpentent les ruelles et frappent aux portes pour négocier quelques kilos de fer.
Le principe est simple : acheter à 150 F CFA le kilo et revendre entre 200 et 225 F CFA. Un bénéfice modeste, mais constant. « Il y a un peu d’argent dedans », confie Issifou Ibrahimou, 22 ans, occupé à remplir sa brouette. Ce jeune ferrailleur n’est toutefois qu’un maillon d’une vaste chaîne, dont le cœur se retrouve à des milliers de kilomètres, dans les usines chinoises de fabrication d’automobiles et d’appareils électroménagers.
À Avédji, un quartier populaire de la ville de Lomé, un vacarme métallique résonne du matin au soir. Ici, bicyclettes rouillées, disques durs, moteurs et carcasses de de téléphones sont triés, concassés et entassés par une armée de jeunes mains, majoritairement nigériens. Après la pesée, la ferraille est chargée sur des camions en direction d’entrepôts situés près du Port autonome de Lomé, puis désormais à Tsévié, où se trouve l’unique dépôt chinois.
Là-bas, la transaction se fait en gros entre 200 000 et 225 000 F CFA la tonne. « Ce sont les Blancs qui achètent », explique calmement Issiaka Abourahim, sans plus de détails. Derrière ces « Blancs » se cachent en réalité des acheteurs asiatiques, principaux exportateurs du métal vers leurs industries.
Des Togolais reprennent la main
Depuis peu, les points de collecte se multiplient dans les quartiers de Zanguéra, Agoè-Zongo, Adakpamé ou Adidogomé, tenus désormais par des ressortissants Togolais. Parmi eux, Ayao Aki, jeune homme au regard perçant, habillé en bleu-mécanicien et chaussé de bottes impeccables. D’apparence, il pourrait passer pour un garagiste. Mais il est bel et bien revendeur de ferrailles.
« Il faut être mécanicien avant de s’habiller en bleu-mécanicien ou vendre des morceaux de fer ? », rétorque-t-il sèchement lorsqu’on l’interroge sur son métier.
Propriétaire d’un point de vente à Zanguéra, Ayao raconte les difficultés du secteur. « J’achète et revends des morceaux de fer depuis un bon moment et c’est un secteur uniquement dominé par les Chinois, qui dictent leur loi sur le prix du kilogramme et de la tonne. Aujourd’hui, le kilo peut être acheté par eux à 100 F, demain à 150 F, selon leur bon vouloir. La tonne à 150 000 F ou 200 000 F. Vous n’avez personne d’autre à qui vendre si ce n’est à eux », explique-t-il.
Il se plaint également de pratiques abusives. « La semaine dernière, par exemple, les Chinois ont découvert lors de la pesée à Tsévié des traces de sable dans une boîte de conserve et ils ont soustrait de ma marchandise une tonne, soit environ 200 000 F », raconte-t-il amer.
Ces intermédiaires togolais, bien que reprenant peu à peu la main sur le marché, subissent encore le diktat économique des acheteurs étrangers, maîtres des prix et des règles du jeu.
Un paradoxe national
Ironie du sort, ces morceaux de fer quittent les côtes togolaises pour être fondus et transformés en véhicules neufs, motos ou appareils électroménagers, avant de revenir sur les marchés africains et vendus à prix d’or.
Un constat qui alimente la frustration de nombreux acteurs du secteur, convaincus que le Togo gagnerait à valoriser lui-même sa matière première. « Si nous devons racheter nos ferrailles à des prix d’or, autant les garder chez nous et construire nos propres usines », conclut M. Ayao, exprimant le vœu de voir émerger une véritable industrie nationale de recyclage.
Article paru dans le journal HARA KIRI N° 231 du vendredi 24 octobre 2025









