Lomé, le 18 mars 2025-(©AfreePress)- Après avoir refusé de participer aux élections régionales en raison de son opposition à la Constitution de la Ve République, l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC) décide finalement de prendre part aux prochaines élections municipales. Un revirement qui soulève bien des questions.
L’ANC, dirigée par Jean-Pierre Fabre, avait pourtant été catégorique lors des précédents scrutins : pas question de légitimer un processus électoral organisé sous l’égide de la nouvelle Constitution. Cette position avait même provoqué une crise interne, poussant plusieurs cadres à claquer la porte du parti. Mais voilà que, contre toute attente, la formation politique fait volte-face et annonce officiellement sa participation aux prochaines municipales.
L’information a été confirmée le mardi 18 mars 2025 par Kwami Manti, Secrétaire général adjoint de l’ANC, lors d’une intervention sur les ondes de la radio privée Kanal FM.
« Nous irons aux élections municipales. Ce n’est pas une incohérence politique. Nous avons participé aux élections législatives et régionales d’avril dernier. Se préparer pour des élections est le devoir de tout parti politique. Mais, si à la veille du scrutin, nous constatons des éléments qui nous poussent à renoncer, nous prendrons la décision qui s’impose. Ne pas se préparer, c’est se tirer une balle dans le pied. Pour l’instant, nous comptons y participer », a-t-il déclaré.
Un discours qui ne convainc pas tout le monde. Pour certains observateurs, cette posture traduit une certaine ambivalence dans la stratégie du parti, qui semble osciller entre contestation de la Constitution et participation aux institutions qu’il critique.

Depuis plusieurs mois, l’ANC, aux côtés d’autres partis d’opposition et d’organisations de la société civile, s’insurge contre la transition vers un régime parlementaire instauré par la nouvelle Constitution. Selon eux, cette réforme ne serait qu’un subterfuge destiné à ancrer durablement le pouvoir en place.
Dans cette dynamique de contestation, un meeting est prévu le 23 mars 2025 à Lomé. Un appel à la mobilisation populaire est lancé pour exprimer, une fois encore, le rejet de ce qu’ils considèrent comme un passage en force.
« Le peuple est le véritable détenteur de la souveraineté togolaise. C’est à lui de se lever et de donner des orientations pour sa gouvernance. Lorsque ce peuple dit non, on l’écoute et on le respecte. Ceux qui nous dirigent ne sont pas les propriétaires du pays pour décider à leur guise », à martelé M. Manti.
Un meeting sous haute tension
Si l’ANC appelle à une mobilisation massive, elle prend toutefois ses dispositions quant aux éventuels débordements sécuritaires. Kwami Manti prévient. « L’ANC ne peut pas s’engager au nom de la police ou de la gendarmerie. Ils agiront selon les ordres qu’ils recevront. Il nous revient de nous armer de courage, en gardant à l’esprit ce que nous voulons. Quand on aspire à la liberté, il faut être prêt à tous les sacrifices », a laissé entendre M. Manti.
Dans ce climat électrique, la question reste posée : ce retour aux urnes de l’ANC, couplé à un retour dans la rue pour dénoncer la Constitution de la 5ème République, est-il une nécessité stratégique ou un aveu de contradiction ? Quoi qu’il en soit, la scène politique togolaise s’apprête à vivre de nouvelles turbulences à l’approche des élections comme cela a été toujours le cas.
Anika A.









