Lomé, le 8 juillet 2024-(©AfreePress)- À Lomé, la présence croissante des enfants de rue et des mendiants devient de plus en plus préoccupante. Ces enfants, souvent en grande précarité, errent dans les rues et aux intersections, notamment aux feux tricolores, pour solliciter de l’argent auprès des automobilistes quitte à se jeter sur les véhicules et motocyclistes à l’emporte-pièce.Certains prétendent offrir des services tels que le nettoyage des pare-brises ou la vente d’articles divers pour justifier leur présence sur la voie publique.
Ce phénomène pose non seulement des problèmes de sécurité publique, mais nuit également à la tranquillité et à l’ordre social et la commune du Golfe-1, a décidé de sévir.Golfe 1 veut sévirLe 17 mai dernier, le maire de la commune Golfe 1, Joseph Koamy Gbloékpo Gomado, laissait entendre haut et fort, son envie de mettre fin au phénomène d’enfants, (mineur ou adolescents) mendiant sur les carrefours et dans les rues de sa commune, surtout au niveau des feux tricolores et des intersections.« Il m’a été donné, a-t-il dit, de constater que des mineurs de nationalité togolaise et aussi étrangère se baladent aux intersections et feux tricolores dans la commune de Golfe 1 pour quémander de l’argent auprès des automobilistes. D’autres simulent en prétendant offrir des services aux conducteurs. Cela porte atteinte à l’ordre public, à la tranquillité publique, ainsi qu’à la sécurité des usagers, causant parfois des accidents », a dénoncé l’élu local dans un communiqué rendu public.
Ainsi a-t-il informé, il est désormais interdit à tout enfant, mineur ou adulte de mendier au niveau des feux tricolores et des intersections dans la commune Golfe 1 (centre-ville de Lomé).« Toute personne, en particulier tout enfant, surprise en train de se livrer à ce genre de comportement fera l’objet d’une interpellation et sera confiée aux autorités judiciaires compétentes », avertit M. Gomado.
Une réalité inquiétante
Une étude menée récemment par la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH) sur un échantillon de 550 enfants en situation de rue révèle des chiffres alarmants. Parmi eux, 340 enfants habitent dans le grand Lomé, tandis que 210 sont dispersés dans les chefs-lieux de région et dans la ville de Kpalimé.
Les garçons représentent une majorité de 424, contre 126 filles. Les enfants âgés de 12 à 15 ans sont les plus nombreux dans cette population.L’étude montre également que 56,2 % de ces enfants sont de nationalité togolaise, suivis par 25 % de Nigériens et les 18,4 % restants sont d’autres nationalités africaines. De plus, une proportion significative, 57,3 %, est de confession musulmane, tandis que 33,8 % sont des Chrétiens.
L’Identité cachée de ces enfants
Contrairement aux idées reçues, la majorité des enfants de rue à Lomé ne souffrent pas de troubles psychologiques. Ces jeunes, jouissant d’une intégrité physique et morale, se déguisent parfois en personnes handicapées ou perturbées pour susciter la pitié des passants. Un exemple marquant est celui de Sékou, un jeune mendiant d’environ 14 ans.
Chaque jour, Sékou se métamorphose en handicapé moteur, utilisant un matériel roulant fabriqué de manière archaïque. Il arpente les environs du carrefour la Colombe de la Paix, s’efforçant de susciter la générosité des passants.
Le soir venu, il se dirige vers Amoutiévé, où il gare son équipement chez un ami vulcanisateur avant de reprendre une apparence plus sereine pour se rendre chez lui. Le phénomène ne se limite pas qu’aux enfants. Certaines femmes au foyer, notamment dans la zone d’Adidogomé Massalassi, ont fait de la mendicité leur métier de prédilection. Bien que disposant d’un foyer stable, elles ont créé cette industrie de la mendicité et ont recruté leurs enfants dans cette activité, ciblant principalement les abords des mosquées pour solliciter l’aumône.« Mendier est notre seul moyen de survie. Nous n’avons pas d’autres options », se défend Fatima Bakari, une mère de trois enfants assise près de la mosquée Massalassi au quartier Adidogomé.
Dans les rues de la capitale, chaque enfant mendiant a une histoire à raconter. Koffi, 13 ans, explique : « Je préfère mendier plutôt que de rester à la maison sans rien faire. Ici, je peux au moins aider ma famille. »
Cette situation est fréquente parmi les enfants mendiants, surtout parmi les autochtones. Ils mendient non seulement pour leur propre survie, mais aussi pour apporter de quoi manger à leurs familles. Souvent, leurs parents sont soit incapables de les prendre en charge, soit irresponsables et addicts à la drogue, rendant la vie de ces enfants encore plus difficile. Ce cas est plus fréquent dans les banlieues de Bè et Amoutiévé.La situation des enfants repris de justice Outre cette réalité, il est également observé dans la rue, des enfants repris de justice. Ils circulent dans les rues en mendiant. Ils sont souvent perçus comme des individus « dangereux » en raison de leur implication présumée dans des actes de vol et de banditisme.
Les mendiants sont répartis dans toute la capitale togolaise. On les trouve non seulement à Adidogomé Massalassi et au carrefour la Colombe de la Paix, mais aussi dans des quartiers comme Agoè-Zongo, Agoè échangeur, Kégué Zogbédzi, Attiégou, Tokoin Ramco et Bè. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la plupart d’entre eux n’ont aucune maladie. Plutôt ils sont mieux en forme que la moyenne des Togolais et, en cas de petite altercation, ils n’hésitent pas à se kdéfendre verbalement avec de grandes injures, voire des gestes plus violents.« Beaucoup de ces mendiants sont en fait des individus capables et astucieux, utilisant la mendicité comme un moyen de subsistance. Il est crucial de démystifier ces perceptions et de comprendre les véritables motivations et conditions de vie de ces personnes pour envisager des solutions adaptées et efficaces », confie Améto Kossi, sociologue de formation.
L’Appel à l’action de la CNDH
Le président de la CNDH, Kwao Ohini SANVEE, a souligné l’urgence de ne plus se contenter de constater les défis, mais d’agir efficacement pour les relever. Cette situation nécessite une intervention concertée et immédiate pour protéger ces enfants vulnérables et restaurer l’ordre public. « L’heure n’est plus à la contemplation des défis. Il faut agir avec efficacité pour les relever », a-t-il déclaré.Cet appel trouve déjà des échos dans la Commune Golfe 1 (Bè Apédomé).
Les solutions de la commune Golfe 1
La commune Golfe 1, sous la direction de son maire, Joseph Koamy Gomado, a pris des initiatives concrètes afin de trouver des solutions au problème. A l’occasion de la célébration de la fête de la Nativité, le 25 décembre 2023, l’exécutif communal a eu à organiser un événement grandeur nature en faveur de la centaine d’enfants en situation de précarité, leur offrant des repas chauds et des cadeaux de fin d’année.
Cet acte de solidarité visait à témoigner le soutien de la commune envers ces enfants marginalisés. C’était un premier contact entre M. Gomado et ces enfants de rue, majoritairement regroupés sur l’esplanade de la mairie annexe d’Akodésséwa, transformée, entre temps, en dortoir pour mendiants. Le maire a ensuite observé le phénomène pendant plusieurs mois avant de décider de passer à l’action.
L’homme est allé plus loin en déployant ses équipes et la police sur le terrain pour sensibiliser les concernés et les faire libérer les lieux sensibles.« Il faut penser premièrement à la sécurité de cette couche, surtout les enfants mendiants. Rester dans les rues, aux carrefours, est dangereux pour eux. Secundo, il n’est pas bien vu de laisser ces pratiques se passer en pleine ville. Il faut que ça cesse et qu’une meilleure solution soit appliquée », a-t-il martelé.Vers des solutions durablesLe maire Gomado estime qu’il est nécessaire d’impliquer activement les ONG et les autres associations œuvrant pour la protection de l’enfance. Dans sa commune, il a déjà mobilisé plusieurs ONG pour cette cause.
« En collaboration avec les ONG, si nous constatons qu’un enfant mendiant est sans abri et n’a pas de parents, nous prendrons des mesures de prise en charge conformément à la loi. Mais si nous découvrons que l’enfant a des parents en vie et en bonne santé, ces derniers devront assumer leurs responsabilités. En cas de refus, ils seront confrontés à la rigueur de la loi », a affirmé l’élu local.
Pour traiter efficacement ce problème, il est essentiel de redynamiser le cadre national de concertation pour la protection de l’enfant, afin de garantir une meilleure synergie entre les acteurs concernés. « Les solutions doivent inclure des programmes de réinsertion sociale, des initiatives éducatives et des campagnes de sensibilisation pour dissuader la mendicité infantile. En outre, il est crucial de renforcer le soutien aux familles économiquement fragiles pour réduire les facteurs qui poussent les enfants à mendier », a recommandé pour sa part le président de la CNDH.
Amen Anika









