Lomé, le 24 septembre 2024-(©AfreePress)-Ecobank est-elle de bonne foi dans cette affaire ou est-elle en train de faire preuve de dilatoire afin d’accuser une institution tierce pour ce qu’elle n’a pas fait? Comment démêler le vrai du faux? Enquête.
Dans un nouvel épisode qui agite le secteur financier nigérian, un conflit complexe oppose la société Wilben Trade Limited à Ecobank Nigeria. Le différend, qui a éclaté à la suite d’une transaction bancaire internationale, a pris une tournure médiatique et judiciaire dramatique, mettant en cause non seulement les deux parties, mais éclaboussant également la Banque centrale du Nigeria (CBN).
Contexte de l’affaire : une transaction commerciale devenue un grand litige
Le cœur de l’affaire remonte à 2014-2015, lorsque Wilben Trade Limited a été sollicitée par Ecobank Nigeria pour faciliter deux transactions commerciales. Ces transactions visaient à permettre à une entreprise nigériane, Agrico Agbe Ltd, d’acheter du riz à Little Rose Trading LLC, une société de commerce international.
Pour faciliter ces achats, Ecobank a émis deux lettres de crédit en faveur de Wilben Trade : l’une d’un montant de 22,485,900 USD et une autre de 20 millions USD soit un total d’environ 25 milliards FCFA.
Le rôle de Wilben était simple, du moins en apparence : agir en tant qu’intermédiaire entre l’acheteur (Agrico Agbe) et le vendeur (Little Rose). Wilben devait encaisser la lettre de crédit via une banque partenaire, Abu Dhabi Commercial Bank, et transférer les fonds à Little Rose, tout en déduisant une modeste commission. En résumé, Wilben ne participait ni à l’expédition ni à l’assurance des marchandises ; son rôle était uniquement de faciliter le flux financier. En tout cas, c’est la version offerte par les avocats de Wilben.
Le point de départ du conflit
Les tensions entre les deux parties ont commencé à monter plusieurs années après la réalisation de la transaction, en 2021. Ecobank Nigeria a accusé Wilben d’avoir indûment perçu 42,485,900 USD, affirmant qu’il y avait eu des irrégularités et des actes frauduleux. Ecobank, via une branche dédiée à la résolution des litiges financiers, l’ETISRC, a cherché à récupérer ces sommes auprès de Wilben et de son directeur général, Marcus Wade. Mais avant ces accusations, on apprend qu’au départ, ce sont les véritables responsables du problème qui ont été poursuivis pendant plusieurs années mais sans succès. ETI va alors utiliser la SRC (conçue comme un véhicule de créances douteuses) pour racheter la dette. Ce n’est que bien après qu’ETISRC va tenter de se tourner vers Wilben pour réclamer la dette qui n’a pas pu être récupéré des mains des vrais créanciers.
De son côté, Wilben a fermement contesté ces accusations, affirmant que toutes les transactions avaient été menées dans les règles de l’art, avec l’accord et sous la supervision d’Ecobank. Selon l’entreprise, Ecobank était parfaitement au courant des détails des transactions et des sommes reçues, qui avaient ensuite été transférées à Little Rose, le fournisseur initial.
La Banque centrale du Nigeria impliquée malgré elle
La situation a pris une dimension encore plus dramatique lorsque Wilben, par l’intermédiaire de ses avocats, a déposé une plainte auprès de la Banque centrale du Nigeria (CBN) pour demander une enquête sur les pratiques d’Ecobank.
Le 22 juillet 2024, Wilben a envoyé une lettre officielle à la CBN, dénonçant ce qu’elle considérait comme des pratiques frauduleuses et contraires à l’éthique de la part d’Ecobank Nigéria et de son directeur général, Dele Alabi.
À la suite de cette plainte, la CBN a accusé réception et a indiqué qu’elle examinerait les accusations. Cependant, quelques jours plus tard, la CBN a publié sur ses réseaux sociaux un démenti catégorique, affirmant que les informations circulant dans la presse, notamment un communiqué de Wilben concernant l’enquête en cours, étaient fausses et trompeuses.
Cette réaction a provoqué l’indignation des avocats de Wilben, en particulier Lateef Omoyemi Akangbe (SAN), qui a exigé une rétractation immédiate de la CBN, qualifiant son démenti de diffamatoire. Selon Akangbe, le communiqué de presse de Wilben ne comportait aucune fausse information et était conforme aux faits. Il a également rappelé que la CBN avait bel et bien accusé réception de la plainte et qu’elle avait promis d’enquêter.
Un bras de fer judiciaire en vue ?
La prise de position publique de la CBN a ouvert un nouveau front dans ce conflit déjà tendu. Les avocats de Wilben menacent de poursuivre la Banque centrale du Nigeria si celle-ci ne retire pas ses publications qualifiant de faux le communiqué de presse. Ils estiment que la CBN, en tant que régulateur du secteur bancaire, a l’obligation de mener une enquête approfondie sur les accusations portées contre Ecobank.
L’avocat de Wilben a également souligné que cette affaire touche à l’intégrité du système financier nigérian, et qu’un manquement à la transparence pourrait nuire à la réputation du secteur bancaire.
Les zones d’ombre et les conséquences potentielles
Dans cette affaire, plusieurs zones d’ombre subsistent. D’une part, Ecobank maintient ses accusations contre Wilben, tout en cherchant à récupérer les pertes qu’elle prétend avoir subies. D’autre part, Wilben insiste sur le fait qu’Ecobank tente de détourner l’attention de ses propres échecs commerciaux en ciblant une entreprise intermédiaire, au lieu de se concentrer sur les véritables parties prenantes de la transaction initiale : Agrico Agbe Ltd et Little Rose Trading LLC.
Si la Banque centrale du Nigeria devait persister dans son démenti sans fournir d’explication ou de justification, elle pourrait se retrouver dans un bourbier juridique, avec un procès pour diffamation en toile de fond. L’affaire pourrait aussi jeter une ombre sur l’image d’Ecobank, l’une des principales institutions bancaires d’Afrique, ainsi que sur la crédibilité de la CBN en tant que régulateur financier.
Ce litige illustre les complexités du commerce international et les risques inhérents aux transactions impliquant plusieurs acteurs à travers différents pays.
Au-delà des enjeux financiers, cette affaire pourrait également avoir des répercussions institutionnelles et remettre en question la capacité des régulateurs à faire face aux conflits qui minent la confiance dans le secteur bancaire.
Affaire à suivre donc, avec un œil attentif sur les développements judiciaires et les décisions de la CBN, qui auront un impact crucial sur la résolution de ce conflit et la réputation des institutions impliquées.


Voici la réponse du groupe Ecobank aux accusations portées contre sa filiale du Nigéria.
Olivier A.









