Lomé, le 10 novembre 2025-(©AfreePress)- Le président du Conseil, Faure Gnassingbé, a procédé à la nomination d’Arthur Lilas Trimua au poste de ministre délégué auprès du ministre de l’Économie, chargé de la veille stratégique.
Cette désignation s’inscrit dans le cadre du premier gouvernement de la Ve République, publié un mois auparavant et composé de 30 portefeuilles ministériels, dont 27 occupés et 3 directement rattachés à la Présidence du Conseil.
Titulaire d’un doctorat en droit public de l’Université de Poitiers et diplômé en management et finance de l’HEC Paris, Arthur Lilas Trimua a bâti un parcours singulier à l’intersection du droit, de la régulation et de l’ingénierie financière. Il est également certifié CP3P en partenariats public-privé (PPP). Avant d’accéder à ses nouvelles fonctions, il a exercé au sein de cabinets internationaux tels que Fidal, DLA Piper et Ashurst, et a conseillé plusieurs gouvernements africains ainsi que des bailleurs de fonds sur des projets d’envergure comme le métro d’Abidjan, le train express régional de Dakar, l’aéroport international de Ouagadougou-Donsin ou encore le réseau ferroviaire marocain.
Entre 2021 et 2025, Trimua a dirigé Kifema Capital, véhicule d’investissement lancé par l’État togolais via Togo Invest Corporation, dont la mission était de mobiliser l’épargne nationale et de la diaspora afin de financer les secteurs de l’énergie, de la banque et des infrastructures sociales, au nom d’une « souveraineté économique ». Sous sa conduite, Kifema Capital a participé, entre autres, à la centrale Kékéli Efficient Power, au projet solaire de Sokodé Énergie et à un investissement dans IB Bank-Togo.
Parallèlement, il a exercé les fonctions de secrétaire général de Togo Invest. Plus récemment, il a été nommé conseiller juridique du président de la Banque Ouest‑Africaine de Développement (BOAD), Serge Ekué, mission dans laquelle il était chargé de renforcer la conformité juridique et la structuration innovante de financements pour l’institution régionale.
Sa nomination au gouvernement est perçue comme un signal fort. L’Exécutif togolais entend renforcer sa capacité de pilotage stratégique de l’économie nationale, dans un contexte mondial mouvant où la mobilisation de capitaux privés et la structuration de PPP jouent un rôle croissant.
En confiant à Trimua la veille stratégique auprès du ministre de l’Économie, le gouvernement vise à anticiper les mutations économiques, à attirer des investissements structurants, et à articuler l’action publique-privée autour de projets à haute valeur ajoutée. Cela s’inscrit notamment dans le prolongement des efforts du pays pour se positionner comme un hub financier et d’infrastructures dans la sous-région.
Cette nomination intervient à un moment charnière où la Ve République a été instaurée après l’adoption de la nouvelle Constitution en avril 2024, marquant un tournant dans l’architecture institutionnelle du Togo.
Le rôle de veille stratégique qui incombe à M. Trimua est de renforcer la cohérence entre les orientations du gouvernement et les dynamiques économiques régionales et internationales.
Le poste de « veille stratégique » est de doter le ministère de l’Économie d’une structure capable d’anticiper les grandes tendances (financement, infrastructures, énergie, transitions) et de proposer des mécanismes d’intervention plus réactifs.
Dans le contexte togolais, l’enjeu est double. Il s’agira de mobiliser des financements nationaux (y compris ceux de la diaspora) et de maîtriser les partenariats public-privé afin d’éviter une dépendance excessive aux bailleurs externes. La « souveraineté économique » brandie par Trimua à la tête de Kifema en est un exemple.
Sur le plan régional, le profil de Trimua apparaît comme pertinent à l’heure où les institutions ouest-africaines (comme la BOAD) se repositionnent face aux défis du financement climatique, des infrastructures et de la transition énergétique. Son passage de la BOAD au gouvernement national renforce ce pont entre la scène nationale et les dynamiques régionales.
Enfin, cette nomination s’inscrit dans la recomposition politique liée à la Ve République. En renouvelant certaines figures et en installant des technocrates à des postes clé, le gouvernement entend montrer qu’il privilégie désormais des compétences orientées vers l’impact économique, plutôt que de simples équilibres politiques.
Olivier A.









