Lomé, le 24 novembre 2025 –(©AfreePress)– Face à la faible représentativité des femmes rurales dans les productions médiatiques au Togo et à la précarité persistante de leurs conditions de vie, l’Observatoire Togolais des Médias (OTM) a réuni, le 21 novembre 2025 à Lomé, des organisations de la société civile, des défenseurs des droits de l’Homme ainsi qu’une large délégation de journalistes des secteurs public et privé.
Cette conférence-débat avait pour ambition de partager les réalités du terrain et d’examiner, avec les professionnels des médias, les obstacles socioculturels qui entravent l’épanouissement des femmes rurales, afin de réfléchir aux moyens d’améliorer leur visibilité médiatique.
Placée sous le thème : « Médias et femmes rurales dans les contenus médiatiques au Togo : défis et enjeux », la rencontre s’inscrivait dans le cadre de la Journée internationale de la femme rurale, célébrée chaque 15 octobre.
Dans son allocution, SABI-KASSERE Pierre, représentant du président de la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC), a déploré l’écart grandissant entre la place prépondérante qu’occupent les femmes dans la société togolaise et leur quasi-absence dans les contenus médiatiques.
« Dans les médias publics, seules une poignée de femmes accèdent à des postes de responsabilité. Sur cinq organes publics – TVT, Radio Lomé, ATOP, Radio Kara et Togo Presse – une seule femme, Mme Claudine Assiba-Akakpo, aujourd’hui admise à la retraite, a siégé dans notre instance », a-t-il regretté, appelant à « faire davantage pour que les femmes soient visibles et représentées dans les médias privés comme publics ».
Dans son mot de bienvenue, Fabrice PETCHEZI, président de l’OTM, a insisté sur la nécessité de rééquilibrer les contenus médiatiques. « Il est temps de remettre les projecteurs sur cette couche sociale qui contribue fortement à l’économie nationale. Les femmes rurales sont des actrices majeures et méritent d’être valorisées », a-t-il laissé entendre.
La première communication, présentée par Mme GAMETI Yawa Edem, Directrice exécutive de l’ONG FIADI, a porté sur les « Expériences d’une femme leader en milieu rural ». Elle a décrit sans détour les contraintes multiples auxquelles font face les femmes rurales qui portent sur l’accès limité ou inexistant à la propriété foncière, la soumission aux traditions qui les obligent à travailler d’abord les terres de leurs époux avant de songer à leurs propres parcelles, l’impossibilité de décider librement des cultures à produire, les faibles opportunités de formation, les difficultés d’accès aux soins, au crédit et aux réseaux de télécommunication.
« En milieu rural, les femmes sont prioritairement chargées de développer les terres de leurs maris avant les leurs », a-t-elle dénoncé, soulignant la nécessité de soutenir toutes les catégories de femmes rurales, sans exclure aucune couche sociale.
La deuxième communication, assurée par Mme TOUNOU Adoudé, sociologue et spécialiste du genre, a porté sur les « Politiques nationales influant sur la représentativité des femmes rurales dans les médias ». Elle a proposé une approche fondée sur l’intégration systématique du genre dans les contenus.
« Les médias influencent profondément les normes sociales. Ils doivent contribuer à valoriser ces actrices essentielles à l’économie du pays », a-t-elle recommandé en mettant également en lumière le manque de coordination entre médias et organisations de la société civile. Pour finir, elle a plaidé pour une coopération « dès la formulation des projets jusqu’à leur suivi-évaluation ».
Au terme des échanges, les journalistes ont reconnu l’urgence de réajuster la représentation des femmes rurales dans la presse. Les recommandations ont porté sur une implication accrue des professionnels des médias dans le traitement des problématiques rurales, l’intégration régulière de contenus dédiés aux femmes rurales dans les différents formats journalistiques, la nécessité pour les pouvoirs publics de renforcer les appuis directs aux femmes rurales, notamment dans les domaines de la formation, de l’accès au foncier et de l’entrepreneuriat.
Dans son mot de clôture, Fabrice PETCHEZI a rappelé que l’objectif n’est pas de rechercher des responsables, mais de rappeler une réalité structurelle. « La majorité des médias est concentrée à Lomé, ce qui rend difficile la couverture des zones rurales. Cela donne l’impression que ces femmes sont oubliées. Ce n’est la faute de personne, mais il est temps de remettre les projecteurs sur cette couche qui contribue fortement à notre économie », a-t-il encouragé tout en réaffirmant la volonté de l’OTM de poursuivre la sensibilisation et d’encourager une synergie d’actions pour renforcer la représentation médiatique des femmes rurales.
BLEWOUSSI René









