Banjul, 28 avril 2025 -(©AfreePress)– La sixième session législative délocalisée du Parlement de la CEDEAO a officiellement débuté, le lundi 28 avril au Centre international de conférence Sir Dawda Kairaba de Banjul, en Gambie, sur fond de préoccupations majeures liées au retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger de l’organisation régionale. Cette cérémonie d’ouverture a été marquée par des interventions de haut niveau et un appel renouvelé à la cohésion régionale.
Placée sous le thème : « Les implications du retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la CEDEAO : exploration des dimensions politiques, juridiques, sécuritaires, socio-économiques et humanitaires », cette session revêt une importance capitale à l’heure où l’institution communautaire fait face à l’un des plus grands défis de son histoire.
Un agenda dense autour de la stabilité régionale
Deux comités ont déjà entamé leurs travaux à Banjul. Il s’agit des comités de l’administration, des finances et du budget, chargé d’examiner le rapport de performance budgétaire de fin d’année 2024 du Parlement et le comité mixte réunissant les commissions des affaires politiques, sécurité, mécanisme africain d’évaluation par les pairs, affaires juridiques, droits humains, commerce, douanes, libre circulation, affaires sociales, genre, autonomisation des femmes et personnes handicapées. Ce comité concentre ses réflexions sur les conséquences du retrait des trois pays sahéliens.
Des interventions empreintes de gravité et de lucidité
Dans son allocution inaugurale, l’honorable Veronica Kadie Sesay, coprésidente du comité mixte, a alerté sur les bouleversements géopolitiques engendrés par le départ du Burkina Faso, du Mali et du Niger. Elle a dénoncé une rupture inédite qui menace l’unité, la stabilité et les acquis de la CEDEAO, appelant les parlementaires à une analyse rigoureuse et objective des conséquences juridiques, structurelles et socio-économiques de cette décision.
« La CEDEAO est depuis près de cinq décennies un pilier de l’intégration régionale. Cette rupture met à mal notre capacité à promouvoir la paix, la sécurité et le développement humain dans notre espace commun », a-t-elle affirmé.
Le 4e vice-président du Parlement de la CEDEAO et chef de la délégation gambienne, Hon. Billay G. Tunkara, a pour sa part qualifié ce retrait de « fracture sans précédent ». Il a averti que la perte de 20 % des États membres affaiblit la voix de la CEDEAO sur la scène internationale, tout en aggravant les menaces sécuritaires liées à la lutte contre le terrorisme au Sahel.
« Cette décision complique le partage de renseignements, freine les opérations conjointes, et remet en cause la libre circulation ainsi que les projets d’infrastructures transfrontaliers », a-t-il souligné. Il a aussi mis en garde contre les répercussions humanitaires : insécurité alimentaire, migrations forcées, et isolement des populations vulnérables.
Le Président de l’Assemblée nationale gambienne, Hon. Fabakary Tombong Jatta, a salué la tenue de cette session en Gambie et estimé que cette crise dépasse celle du retrait de la Mauritanie en 2000. Il a salué les efforts du Parlement pour maintenir les acquis des citoyens des pays sortants, notamment la reconnaissance des documents CEDEAO et l’accès aux avantages commerciaux et de mobilité.
Un appel au sursaut collectif
Malgré ce contexte difficile, les intervenants ont réaffirmé leur foi en l’idéal communautaire. Tunkara a plaidé pour un renouveau du modèle d’intégration, plus inclusif et centré sur les préoccupations des peuples.

« La CEDEAO reste notre meilleur rempart contre la fragmentation. Il est temps de se demander pourquoi ces États ont choisi de partir, et d’avoir le courage d’apporter des réponses concrètes à leurs préoccupations », a-t-il insisté.
Cette session à Banjul s’annonce donc comme une plateforme de réflexions franches, mais empreintes de fraternité, afin de préserver les fondements de la CEDEAO, à l’heure où l’avenir de 400 millions de citoyens est en jeu.
Olivier ADJA










