Lomé, le 16 octobre 2026-(©AfreePress)- Le Programme alimentaire mondial (PAM), en partenariat avec le gouvernement togolais et avec le soutien de l’Union européenne, de la Coopération allemande à travers la KfW et de la France, renforce l’alimentation scolaire basée sur la production locale au Togo. À travers le projet Home Grown School Feeding (HGSF), les cantines scolaires contribuent à améliorer la nutrition des élèves, à soutenir leur scolarisation et à offrir des débouchés aux producteurs locaux.
Une mission de terrain effectuée du 13 au 15 octobre 2026 dans plusieurs localités de la région de la Kara à 450 Km au Nord de Lomé, a permis de découvrir les initiatives développées autour des cantines, notamment les jardins potagers, les organisations paysannes, les unités de transformation et l’autonomisation économique des femmes.

Kara : le PAM renforce l’alimentation scolaire et les circuits locaux d’approvisionnement
Le PAM accompagne le gouvernement togolais dans la mise en œuvre de son programme d’alimentation scolaire, lancé en 2020, en privilégiant l’approvisionnement des cantines à partir de la production locale.
Selon TABE GNADI, assistant programme au PAM à Kara, cette approche vise à améliorer la traçabilité des aliments consommés par les élèves et à renforcer leur sécurité alimentaire. L’objectif est de leur permettre de bénéficier de repas nutritifs favorables à leur santé et à leurs apprentissages.
Dans les écoles bénéficiaires, des jardins potagers permettent de produire des légumes tels que le gombo, la carotte, le chou… Les jardiniers sont formés à la fabrication du compost afin de fertiliser les cultures sans engrais chimiques. L’Institut de conseil et d’appui technique (ICAT) apporte son expertise à la mise en place et au suivi de ces jardins.

Certaines écoles pilotes disposent également d’unités d’élevage de volailles destinées à compléter les repas. Une première phase a permis de doter 50 écoles en poulets. La vente des produits aux cantines et aux communautés peut générer des ressources pour soutenir leur fonctionnement.
Les producteurs au cœur de l’approvisionnement
Le programme établit des liens avec des organisations paysannes chargées de fournir du maïs, du riz et du niébé aux cantines. Avec l’appui technique de l’ICAT et la collaboration de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), ces producteurs bénéficient de semences et d’intrants agricoles.
En contrepartie de l’accompagnement reçu, 25 % des récoltes doivent être remises gratuitement aux cantines bénéficiaires, tandis que le reste peut leur être vendu au prix du marché.
Le PAM soutient également, dans certaines écoles, l’installation de moulins à grains et à condiments afin de réduire les déplacements des mamans cantines et de générer des revenus grâce aux services proposés aux communautés.
Selon TABE GNADI, les régions de la Kara et des Savanes ont été ciblées en raison de leur vulnérabilité alimentaire. Le programme y couvre 242 écoles, dont 77 dans la Kara, selon les données communiquées.
Binah1 : à l’EPP Kpelessida, la cantine scolaire s’approvisionne auprès des producteurs locaux

À l’École primaire publique (EPP) de Kpelessida, dans la préfecture de la Binah, le projet HGSF, financé par le PAM avec l’appui de l’Union européenne, associe alimentation scolaire et approvisionnement auprès des producteurs locaux.
Le directeur de l’établissement, KODJO NAO, observe une amélioration de la fréquentation scolaire, une diminution des absences et des abandons, ainsi que l’évolution positive des résultats depuis l’introduction de la cantine.
Selon les chiffres communiqués par le directeur, le taux de réussite au Certificat d’études du premier degré (CEPD) a atteint 85,6 % une année, puis 85,5 % l’année suivante. Il précise toutefois ne pas disposer de données suffisamment précises pour établir une comparaison avec la période précédant la mise en place de la cantine.
Le jardin potager réduit les achats au marché
L’établissement dispose d’un jardin produisant notamment des épinards, des carottes, des choux, des oignons, des feuilles de haricot et du gombo. Ces légumes sont utilisés pour préparer les repas et permettent de limiter certains achats.
Le superviseur du programme HGSF, YAOVI HOUNKPATI, fait savoir que, dans le modèle concerné, les denrées sont désormais achetées au prix réel du marché. Malgré ces avancées, des difficultés subsistent. Les ruptures de stocks peuvent être provoquées par l’épuisement des vivres, les retards dans le signalement des besoins ou les délais de décaissement des fonds. L’approvisionnement en viande et les problèmes de conservation constituent également des défis, notamment dans les localités dépourvues d’électricité.
Kpelessida : l’approvisionnement et l’hygiène au centre de la cantine
Au-delà de la disponibilité des denrées, la réussite d’une cantine scolaire dépend de l’organisation de l’approvisionnement, de la qualité des repas et du respect des règles d’hygiène. À l’EPP Kpelessida, ces aspects mobilisent les animatrices locales et les mamans cantines.
MARRIAM ELEYE, animatrice locale du programme HGSF à l’ANADEB, indique que les achats sont planifiés en fonction du nombre d’élèves présents. Les fonds nécessaires sont mis à la disposition des mamans cantines, qui achètent les denrées. Les organisations paysannes peuvent également fournir certains produits selon les besoins exprimés.
Les menus sont élaborés en tenant compte des préférences des enfants. Ils comprennent notamment du riz à la sauce d’arachide, du haricot accompagné de gari, du riz au haricot et au poisson, ainsi que de la pâte servie avec une sauce aux légumes ou au gombo.
L’hygiène fait aussi partie des priorités. Les mamans cantines bénéficient de formations annuelles portant sur l’hygiène corporelle et l’entretien de l’espace de cuisine. Des examens médicaux sont également évoqués dans le dispositif de prévention sanitaire avant la préparation des repas.
Kozah : à Houloun, la cantine améliore la fréquentation scolaire
À l’EPP Houloun, dans le canton de Lamda, commune de Kozah 1 à 23 Km de la ville de Kara, la cantine scolaire soutenue par le PAM et la Coopération allemande à travers la KfW est présentée comme un levier d’amélioration de la fréquentation et des résultats scolaires.

Le directeur de l’établissement, NADJOMBE KPANTE, affirme que la fréquentation est passée de 60 % à 80 % depuis l’arrivée de la cantine.
Les résultats au CEPD témoignent également d’une évolution favorable, selon les chiffres communiqués. Lors d’une session antérieure, 29 candidats sur 79 avaient été admis. Après l’introduction de la cantine, 47 candidats sur 63 ont réussi, soit un taux de 74,6 %.
Le jardin potager contribue à l’approvisionnement de la cuisine. La production permet de compléter les achats au marché. Selon le directeur, les ventes issues du jardin ont généré environ 15 000 francs CFA de recettes l’année précédente.
L’établissement reste toutefois confronté à des difficultés d’arrosage. Le forage existant nécessite un pompage difficile à assurer par les élèves. Le directeur a sollicité un appui pour faciliter l’accès à l’eau et assurer la pérennité du jardin.
Autonomisation des femmes : la moutarde de néré comme source de revenus
Le programme HGSF cherche également à renforcer l’autonomie économique des femmes qui participent au fonctionnement des cantines scolaires. Selon SALEY MAMAN, chef du bureau du PAM à Kara, des femmes ont été identifiées et sensibilisées avec l’appui de l’ONG locale PADES, spécialisée notamment dans l’accompagnement des femmes, la structuration des coopératives et la formation à l’entrepreneuriat.
Les formations ont commencé et doivent être suivies d’un financement de démarrage destiné à soutenir les activités génératrices de revenus. Le PAM prévoit également d’accompagner les bénéficiaires dans la recherche de débouchés commerciaux.
La production de moutarde à base de néré figure parmi les initiatives présentées. Le produit peut être commercialisé dans les communautés et potentiellement valorisé auprès des cantines selon leurs besoins. Cette démarche vise à renforcer les capacités des femmes souvent engagées sur une base volontaire dans la préparation des repas scolaires, tout en leur permettant de développer des activités économiques durables.
Kozah 3 : à Kpanzidè, les producteurs contribuent aux repas scolaires
Dans la commune de Kozah 3 dans le canton de Kpinzindè à 20 Km de la ville de Kara, le PAM accompagne des producteurs de maïs et de riz afin de renforcer l’approvisionnement des cantines scolaires à partir des récoltes locales.
Au sein de la coopérative Hezougoma, TCHILABALO BINEWAÏ président de ZAAP Agbang indique que les producteurs ont bénéficié de semences et d’engrais. En contrepartie, ils doivent céder gratuitement aux écoles bénéficiaires 25 % de leurs récoltes, le reste pouvant être vendu aux cantines au prix du marché.
Cette contribution concerne notamment l’EPP Seyo. Elle permet à l’école de recevoir une partie de la production agricole tout en offrant aux producteurs un débouché commercial. Producteur et Membre de la coopérative SCOOP Windja, KAO AGBA a également bénéficié de semences de riz. Il indique avoir cultivé deux parcelles d’environ un quart d’hectare chacune, soit près d’un demi-hectare au total. Il se dit satisfait de la production obtenue et de la possibilité de contribuer à l’alimentation scolaire en céder gratuitement aux écoles bénéficiaires 25 % de sa part à EPP Seyo.
Le dispositif entend ainsi rapprocher les producteurs des établissements, réduire les difficultés d’approvisionnement et soutenir l’économie locale. Il encourage également les agriculteurs à intégrer les besoins des cantines dans leurs activités de production.
Des cantines au service de l’éducation et du développement local
La mission menée du 13 au 15 octobre 2026 dans la région de la Kara montre que l’alimentation scolaire basée sur la production locale dépasse le simple cadre de distribution de repas. Elle relie les écoles aux producteurs, soutient les activités des femmes et encourage la création de débouchés économiques dans les communautés.

Les jardins potagers, les élevages, les moulins et les contributions des producteurs constituent des leviers permettant d’améliorer l’approvisionnement des cantines. Toutefois, des défis persistent, notamment l’accès à l’eau, la conservation des aliments, les ruptures de stocks et la mobilisation des ressources financières.
La consolidation du programme nécessitera un accompagnement durable des établissements, des producteurs et des femmes, ainsi que des équipements adaptés aux réalités locales.
En associant nutrition, éducation et agriculture, le Projet HGSF ambitionne de faire des cantines scolaires un instrument de réussite éducative, de sécurité alimentaire et de développement communautaire au Togo.
Albertine A.












