Lomé, le 30 octobre 2026-(©AfreePress)- À l’heure où l’intelligence artificielle, les plateformes numériques et la circulation massive de contenus bouleversent les pratiques médiatiques, la formation des journalistes s’impose comme un chantier prioritaire pour l’Afrique. Cette question a été au cœur d’une session organisée par le groupe médiatique russe Rossiya Segodnya, en marge du sommet Russie-Afrique qui se tient à Moscou, réunissant des responsables d’universités et de centres de recherche de plusieurs pays du continent autour de l’avenir de l’enseignement du journalisme.
Les échanges ont rassemblé Nkosazana Clarice Dlamini-Zuma, chancelière de l’Université de Limpopo en Afrique du Sud ; Sayeh Kassaw Agegnehu, président de l’Université de Debre Markos en Éthiopie ; Idrissa Ousseini, directeur général de l’École supérieure de journalisme et de communication du Niger ; Abdullahi Ibrahim Musa, recteur de l’Université de l’État de Kaduna au Nigeria ; ainsi que Hassan Mohammed Khannenje, directeur de l’Institut international d’études stratégiques HORN, au Kenya. La rencontre était animée par Vassili Pouchkov, directeur de la coopération internationale de Sputnik.
Au fil des interventions, une conviction commune s’est dégagée : la modernisation de la formation journalistique ne saurait se réduire à l’adoption de nouveaux outils technologiques. Elle doit également s’appuyer sur la rigueur professionnelle, l’ancrage dans les réalités africaines et la capacité des médias à produire une information fiable et pertinente.
Raconter l’Afrique à partir de ses propres réalités
Pour Nkosazana Clarice Dlamini-Zuma, les journalistes africains doivent avant tout reprendre la maîtrise de leur récit. Elle a exhorté les futurs professionnels à raconter leurs propres histoires, en s’appuyant sur des faits vérifiés plutôt que sur des représentations empruntées. Si les nouvelles technologies peuvent améliorer les méthodes de travail, a-t-elle prévenu, elles ne doivent jamais se substituer au jugement journalistique ni dicter le contenu de l’information.
En Éthiopie, Sayeh Kassaw Agegnehu a, pour sa part, insisté sur la nécessité d’élever le niveau de qualification des professionnels, particulièrement dans la production multimédia. Il a également plaidé pour un approfondissement des relations entre les médias russes et éthiopiens, estimant que les partenariats internationaux peuvent contribuer au développement des compétences et au partage d’expériences.
Le représentant nigérien, Idrissa Ousseini, a replacé la mission sociale au cœur du métier. Selon lui, le choix du journalisme procède d’une volonté de servir la collectivité, d’éclairer les citoyens et de les aider à mieux comprendre les phénomènes qui traversent leur environnement.
L’intelligence artificielle et l’hygiène informationnelle en question
Du côté du Nigeria, Abdullahi Ibrahim Musa a mis en avant les initiatives menées avec Sputnik au cours des six derniers mois dans le domaine des technologies numériques appliquées à l’éducation aux médias. Ces projets ont notamment porté sur la production de contenus intégrant l’intelligence artificielle.
Le responsable universitaire a toutefois souligné que l’hygiène informationnelle devient une exigence incontournable. Face à la multiplication des contenus et aux nouveaux outils de production, il estime nécessaire de revoir en profondeur les programmes et les méthodes pédagogiques afin de préparer les futurs journalistes aux réalités d’un environnement médiatique en mutation.
Pour Hassan Mohammed Khannenje, l’heure est désormais à la concrétisation. Le directeur de l’Institut HORN a appelé les participants à dépasser les déclarations d’intention pour élaborer des plans d’action précis, assortis d’objectifs et de résultats mesurables. Il souhaite que les prochaines rencontres permettent de dresser le bilan des réalisations plutôt que de reprendre les mêmes discussions.
À travers cette session, les responsables africains ont ainsi mis en évidence plusieurs priorités : consolider les fondamentaux du métier, adapter les cursus aux nouvelles technologies, renforcer les coopérations universitaires et faire de la fiabilité de l’information un pilier de la formation. Autant de défis qui conditionnent la capacité du journalisme africain à accompagner les transformations du continent sans renoncer à sa responsabilité envers les citoyens.
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