Lomé, le 10 juin 2024-(©AfreePress)-« OLAM doit partir ». C’est le cri de ralliement des membres de la Fédération Nationale des Groupements de Producteurs de Coton (FNGPC), dont les dirigeants se sont exprimés lors d’une conférence de presse tenue, samedi 8 juin 2024 à Lomé.
En quatre ans de présence au Togo, le groupe singapourien OLAM est accusé d’avoir causé plus de tort que de bien au secteur cotonnier togolais. Les producteurs de coton dénoncent la gestion qu’ils jugent désastreuse de la filière.
Les cotonculteurs reprochent à OLAM la forte diminution du prix d’achat du coton graine, l’insuffisance des rendements de la fibre, ainsi que la cherté et l’indisponibilité des intrants, en comparaison avec les pays voisins. Ces problèmes ont entraîné une baisse continue de la production nationale de coton, année après année.
« Avec OLAM, la situation s’est détériorée. Le groupe devait améliorer la filière, mais c’est le contraire que nous constatons. Avant leur arrivée, nous avions un rendement de 600 à 700 kg par hectare, avec l’espoir d’atteindre 900 kg voire 1 000 kg. Mais ils ont tout gâché. Depuis 2020, nous peinons à atteindre 100 kg par hectare. Les intrants ne sont pas fournis à temps et, lorsqu’ils le sont, c’est à des coûts exorbitants. Cette année, OLAM fixe le prix de l’engrais à 25 000 F, alors qu’il est de 12 000 F au Sénégal. De plus, OLAM continue de tromper les producteurs avec des prix d’achat du coton graine bien inférieurs à ceux de la sous-région (350 F/kg au Sénégal, 300 F/kg au Mali, alors que pour cette campagne, OLAM fixe le prix à 274 F). Le groupe ne se soucie que de ses propres intérêts, en ignorant complètement les efforts des producteurs. Le bilan de la campagne précédente est truffé de fausses informations, notamment ce prétendu bénéfice brut de 14 milliards octroyés aux producteurs. C’en est trop, OLAM doit partir », a dénoncé Koussouwè Kouroufei, président de la FNGPC.
Il accuse OLAM de « malversations dans sa gestion » avec des dettes accumulées atteignant 14 milliards de FCFA, que le groupe cherche à imputer à l’État togolais.
En outre, les producteurs signalent plusieurs dysfonctionnements depuis qu’OLAM a pris en main la filière au Togo. Le marché des intrants est systématiquement confié à une seule entreprise, filiale du groupe singapourien.
Après la production et la vente du coton, les producteurs doivent souvent attendre des mois avant de recevoir le paiement de leur récolte, ce qui affecte leur capacité à préparer la prochaine campagne de production.
« OLAM n’était pas là, nous produisions quand même, donc qu’il parte et que l’État reprenne la gestion de la Nouvelle Société Cotonnière du Togo (NSCT) », a demandé Koussouwè Kouroufei.
Cependant, les producteurs offrent une porte de sortie au groupe sous des conditions strictes, notamment une révision systématique du pacte actionnarial de la NSCT, dont OLAM est actuellement l’actionnaire majoritaire, et la nomination par l’État d’un nouveau directeur général pour la société. Ils demandent également la mise en place d’un comité interprofessionnel permettant à l’État et aux producteurs de surveiller attentivement la gestion de la filière.
Face à ces défis, la FNGPC interpelle le Chef de l’État, Faure Gnassingbé, afin qu’il prenne des mesures pour revitaliser la filière coton.
Il est à rappeler que la Fédération Nationale des Groupements de Producteurs de Coton compte aujourd’hui 5 Unions régionales, 27 Unions préfectorales, et 3 075 groupements de producteurs, totalisant 153 000 cotonculteurs enregistrés à travers tout le pays.
Anika A.









