Lomé, le 24 février 2025 – (©AfreePress) Le professeur Kako Nubukpo, ancien ministre togolais de la Prospective et de l’Évaluation des politiques publiques, n’a pas mâché ses mots face à la récente décision du président américain Donald Trump de suspendre l’aide destinée à l’Afrique.
Au cours d’une intervention sur Radio France Internationale (RFI), vendredi 21 février 2025, l’éminent économiste a dénoncé une décision « brutale », « excessive » et révélatrice d’une vision rétrograde des relations entre l’Occident et le continent africain.
« On pourrait croire que M. Trump perçoit encore l’aide internationale comme un acte de charité, alors qu’elle doit aujourd’hui s’inscrire dans une logique d’investissement réciproquement avantageuse », a-t-il affirmé avec fermeté.
Selon le Pr. Nubukpo, les conséquences de cette suspension seront immédiates et potentiellement dévastatrices. Les agences d’aide, telles que l’USAID, pourraient être contraintes de mettre leur personnel au chômage technique, tandis que de nombreuses ONG africaines, dépendantes de ces financements, risquent de sombrer dans la précarité. Plus préoccupant encore, les secteurs sociaux essentiels tels que la santé et l’éducation, largement soutenus par les budgets d’investissement étrangers, pourraient en pâtir directement.
Toutefois, l’économiste invite à relativiser l’importance de cette aide, rappelant que « l’Afrique génère environ 600 milliards de dollars de recettes d’exportation chaque année, mais perd simultanément 90 milliards de dollars en flux financiers illicites. En somme, notre continent contribue davantage au reste du monde qu’il ne reçoit en retour », conclut-il.
Au-delà de la critique, M. Nubukpo voit dans cette situation une opportunité pour les dirigeants africains de renforcer leur souveraineté économique. « Il est temps de refonder notre approche de la solidarité internationale. L’aide doit être mieux pensée, mieux employée et plus rigoureusement évaluée. Il ne faut pas céder aux sirènes du populisme en rejetant en bloc toute forme de coopération », a-t-il plaidé.
Il a également souligné que ce retrait américain pourrait redessiner la carte des alliances internationales, ouvrant la voie à des acteurs tels que la Chine, la Russie, l’Inde ou l’Iran. « Ce basculement pourrait favoriser l’essor des BRICS et accélérer la reconfiguration géopolitique du continent africain », a conclu l’universitaire.
Anika A.










