Lomé, le 26 octobre 2025-(©AfreePress)- L’appel lancé par la sénatrice Pascaline Dangbuie aux commerçantes des marchés du Grand Lomé à l’occasion d’Octobre Rose, pour une mobilisation générale contre le cancer du sein, met en lumière un défi de santé publique désormais incontournable. Cette séance de sensibilisation, tenue le dimanche 12 octobre à Sogbossito sous l’égide de la Faîtière des Associations des Marchés du Grand Lomé (FAMaL), et animée par la Directrice Générale du Centre International de Cancérologie de Lomé, Dr Rose Adjenou, intervient dans un contexte où les chiffres officiels des malades et décès dus aux cancers, présentent un portrait alarmant de la situation.
Une tendance épidémiologique inquiétante
Les données les plus récentes confirment l’ampleur du fléau. Selon le rapport GLOBOCAN 2022, le Togo a enregistré 5 491 nouveaux cas de cancer et 3 605 décès liés à la maladie cette année-là. Le ministère de la Santé, pour sa part, évoque même plus de 7 000 nouveaux cas pour la même période, un chiffre qui suggère une sous-estimation dans les registres internationaux. Cette tendance haussière est corroborée par la comparaison avec les chiffres de 2018 de l’OMS, qui faisaient état d’environ 4 745 cas et 3 301 décès. Près de 900 nouveaux cas de cancer du sein sont par ailleurs diagnostiqués chaque année chez les femmes , ajoutant une dimension particulièrement cruelle à ce fardeau.
La répartition des pathologies montre la prédominance des cancers féminins. Chez la femme, le cancer du sein, représentant environ 15,7 % des cas en 2018, et le cancer du col de l’utérus (12 %) arrivent en tête. Chez l’homme, le cancer de la prostate est le plus fréquemment cité. Face à cette réalité, l’introduction récente du vaccin contre le papillomavirus humain (HPV) par le Togo constitue une avancée majeure en matière de prévention, même si son impact ne sera pleinement visible que dans plusieurs années.
Un triple défi : dépistage, accès aux soins et ressources
Au-delà des statistiques, le pays est confronté à des défis structurels majeurs. Le premier est celui de la détection tardive. Une étude menée sur le service d’urologie de Lomé a révélé que 75,9 % des patients étaient déjà en phase métastatique au moment du diagnostic, ce qui réduit considérablement les chances de guérison et alourdit la complexité des traitements.
Le deuxième défi réside dans l’accès limité aux soins spécialisés. Le coût exorbitant des traitements, l’absence fréquente d’une couverture maladie complète et la rareté des centres équipés, notamment en appareils de radiothérapie, constituent autant de barrières pour une grande partie de la population.
Enfin, le pays doit composer avec des ressources humaines et matérielles insuffisantes. Le nombre d’oncologues, d’infirmiers spécialisés et de structures dédiées aux soins palliatifs reste en deçà des besoins. Le registre national du cancer, bien qu’en cours de déploiement, confirme que la véritable ampleur de la maladie est probablement sous-estimée, nécessitant des systèmes de surveillance plus performants.
La mobilisation citoyenne, un levier essentiel
C’est dans ce paysage difficile que s’inscrit l’initiative de la sénatrice Dangbuie. Lors de la séance de Sogbossito, les commerçantes ont été informées sur les facteurs de risque, les symptômes à reconnaître et les mesures de prévention du cancer du sein chez la femme. Un accent particulier a été mis sur l’auto-palpation des seins et l’impérative nécessité du dépistage précoce. « Un cancer détecté tôt peut être traité et souvent guéri. Le dépistage doit devenir un réflexe », a insisté Dr Adjenou.
La sénatrice a, quant à elle, plaidé pour un engagement communautaire durable. « Chacune de nous doit devenir ambassadrice de la lutte contre le cancer », a-t-elle déclaré, annonçant la volonté de renforcer la sensibilisation dans les marchés et d’envisager la création d’un fonds d’appui pour les femmes malades. Cette approche vise à faire des marchés, de véritables cœurs battants de la vie sociale et économique, des relais d’information et d’action de proximité.
Des pistes d’action pour une stratégie nationale renforcée
Pour inverser durablement la courbe du cancer, plusieurs axes stratégiques doivent être consolidés. Le renforcement du dépistage systématique via des programmes implantés dans les centres de santé primaire et des campagnes mobiles est une priorité. L’extension de la vaccination contre le HPV et l’hépatite B, avec pour objectif une couverture complète et gratuite, est un investissement essentiel pour les générations futures.
L’amélioration de l’accès aux soins passe par la création de mécanismes de solidarité financière, tels que des fonds public-privé, et par un meilleur déploiement des équipements et des spécialistes sur l’ensemble du territoire. Parallèlement, le renforcement des registres de cancer et la formation continue des professionnels de santé sont indispensables pour adapter les politiques aux réalités du terrain.
Enfin, la mobilisation communautaire et les campagnes de prévention primaire, ciblant les facteurs de risque modifiables comme le tabac, l’alcool ou une mauvaise alimentation, doivent être intensifiées. Le développement des soins palliatifs et de l’accompagnement psychologique est également crucial pour garantir une dignité aux patients en phase avancée.
De la latence à l’action résolue
Le dossier du cancer au Togo ne peut plus être considéré comme une catastrophe latente . C’est une urgence actuelle. Les chiffres récents montrent une progression inquiétante des cas et une mortalité qui reste trop élevée. L’initiative de la sénatrice Dangbuie est un signal fort qui démontre le pouvoir de la mobilisation de proximité. Cependant, pour être pleinement efficace, cette dynamique doit s’inscrire dans le cadre du Plan national de lutte contre le cancer 2022-2025, en lui assurant les ressources, la coordination et l’engagement politique nécessaires sur le long terme.
Le message porté à Sogbossito est porteur d’espoir. Le cancer est redoutable, mais il n’est pas une fatalité. Avec un dépistage renforcé, une prévention soutenue, des traitements accessibles et une société civile activement engagée, le Togo possède les leviers pour renverser la tendance. Il est temps que chaque citoyen, chaque marché et chaque communauté se sente concerné et devienne un acteur de cette lutte décisive pour la santé de la nation.
Article paru dans le journal HARA KIRI N° 231 du vendredi 24 octobre 2025









