La capitale togolaise s’impose une nouvelle fois comme un carrefour stratégique du coton africain. Du mardi 5 au jeudi 7 mai 2026, à l’Hôtel 2 Février, Lomé abrite, la 22e édition des Journées Annuelles de l’Association Cotonnière Africaine (ACA), sous le haut patronage du ministère de l’Agriculture, de la Pêche, des Ressources animales et de la Souveraineté alimentaire du Togo.
Pendant trois jours, plus de 200 délégués venus d’une trentaine de pays d’Afrique, d’Europe, d’Asie et des Amériques échangeront autour du thème : « Ensemble pour le renforcement de la productivité, gage de la viabilité du coton africain face aux enjeux du marché international ».
Représentant le ministre de l’Agriculture, de la Pêche, des Ressources animales et de la Souveraineté alimentaire, le Secrétaire général du ministère Madadozi Tèzikè, lors de cérémonie d’ouverture a salué la vitalité de la coopération entre les acteurs du secteur et rappelé l’importance stratégique du coton pour l’économie togolaise. Il a notamment mis en avant les progrès remarquables enregistrés par la filière togolaise, avec un rendement ayant dépassé le seuil historique d’une tonne à l’hectare lors de la campagne 2025-2026.

Face aux défis du changement climatique, de la volatilité des marchés et des exigences de durabilité, les autorités togolaises entendent poursuivre leurs efforts autour de trois axes majeurs : amélioration de la productivité et de la qualité, transformation locale accrue et renforcement du poids de l’Afrique dans les négociations commerciales internationales.
En tant que société hôte, la Nouvelle Société Cotonnière du Togo (NSCT) a exprimé sa fierté d’organiser l’événement. Son Directeur général, Martin Drevon, a toutefois alerté sur les fragilités structurelles des filières africaines, notamment face aux tensions géopolitiques influençant l’approvisionnement en intrants.
Il a également mis en avant les performances historiques du Togo, avec une production estimée à près de 78 000 tonnes et des rendements record, attribués notamment à l’adoption de pratiques d’agriculture régénérative comme le biochar et le bokashi.
Dans son tout-premier discours en tant que président de l’ACA, Kassoum Koné a dressé un constat lucide. Baisse de la production en zone CFA, chute des cours mondiaux, pression accrue des ravageurs et insécurité dans certaines zones de production.

Malgré ce contexte difficile, il a insisté sur la nécessité d’une réponse collective et coordonnée. Il a rappelé l’importance de la Déclaration de Douala (février 2026), qui appelle les États africains à renforcer leur soutien à la filière, notamment à travers des subventions, des mécanismes de stabilisation des prix et un meilleur accès au financement.
« Le coton africain ne doit plus être simplement exporté à l’état brut, mais transformé localement pour générer davantage de valeur ajoutée », a-t-il soutenu.
Les travaux de cette première journée s’articulent autour de trois panels stratégiques. Panel 1 : Analyse du marché du coton, avec un focus sur les tendances des prix, la compétitivité du coton africain et les nouveaux débouchés. ; Panel 2 : Mécanisation et biotechnologie, visant à améliorer les rendements tout en tenant compte des réalités des petits producteurs et Panel 3 : Transformation du coton en Afrique, abordant les enjeux d’industrialisation textile, de financement et de partenariats.
En marge des activités, le président de l’ACA a insisté sur l’urgence de moderniser la production, notamment à travers la mécanisation progressive, préalable à une motorisation complète.
Il a également lancé un appel fort aux États africains afin de maintenir et renforcer les subventions au secteur. « Soutenir le coton, ce n’est pas une dépense, c’est un investissement social et économique qui fait vivre des millions de personnes », a-t-il souligné.
Créée en 2002, l’ACA regroupe aujourd’hui une soixantaine d’organisations issues de 19 pays africains. En un an, elle a renforcé sa structuration avec la mise en place de commissions techniques, un réseau de points focaux nationaux et une amélioration de sa gouvernance.
À travers ces Journées annuelles, Lomé confirme son rôle de plateforme de dialogue et d’innovation pour une filière cotonnière africaine en quête de résilience, de compétitivité et de souveraineté économique.
Albertine A.










