
Lomé, le 19 octobre 2026 — (© AfreePress) — Derrière les troubles psychiques, il y a des parcours de vie, des souffrances souvent tues et des familles confrontées à l’incompréhension. À Dapaong, le Centre de santé mentale Yendoubé entend faire reculer les préjugés et promouvoir une prise en charge plus humaine des personnes concernées. L’établissement a célébré, samedi 17 octobre 2026, en différé, la 35e édition de la Journée mondiale de la santé mentale, autour d’un impératif : écouter les personnes concernées pour mieux les accompagner.
Placée sous le thème : « Écoutons les personnes vivant avec des troubles mentaux ; leurs expériences peuvent nous aider à mieux les accompagner », cette commémoration a mobilisé autorités administratives, professionnels de santé, partenaires techniques et financiers ainsi que des acteurs communautaires. L’objectif est de sensibiliser les populations à l’importance de la santé mentale, tout en encourageant les personnes en souffrance à solliciter une aide appropriée, sans honte ni crainte du jugement.

Car le silence demeure l’un des principaux obstacles à la prise en charge. Par peur du regard des autres, de nombreuses personnes hésitent encore à exprimer leur détresse ou à se rapprocher des structures spécialisées. Pour les organisateurs, il est essentiel de déconstruire ces représentations et de rappeler qu’une demande d’aide constitue déjà un acte de courage. Le rétablissement est possible, à condition de bénéficier d’un accompagnement adapté.
Faire de la santé mentale une responsabilité collective
Présidant la cérémonie d’ouverture au nom du gouverneur de la région des Savanes, le premier vice-président du Conseil régional, Nambiama Daouda, a souligné la place déterminante de la santé mentale dans l’équilibre individuel et collectif.
« Cette journée nous offre l’opportunité de faire face à la crise de la santé mentale et de rappeler que celle-ci est une composante essentielle de la santé et du bien-être de chaque individu », a-t-il déclaré, insistant sur son rôle dans les relations avec soi-même, la famille et la communauté.

Pour le représentant du gouverneur, le thème de cette édition invite à replacer la personne au centre des politiques et des interventions sanitaires. Trop souvent, a-t-il relevé, les personnes vivant avec des troubles mentaux sont confrontées aux préjugés, à la discrimination et à l’exclusion sociale.
Or, leurs expériences constituent une ressource précieuse pour améliorer les dispositifs d’accompagnement, adapter les soins aux besoins réels et renforcer l’efficacité des interventions. Il importe donc de ne pas se contenter d’écouter leurs témoignages, mais de leur accorder une véritable place dans les décisions qui les concernent.
« La santé mentale est l’affaire de tous », a martelé Nambiama Daouda, rappelant que les familles, les communautés, les professionnels de santé et les pouvoirs publics partagent la responsabilité de cette cause.
Précarité, insécurité et vulnérabilités : les alertes de Yendoubé
À la tête du Centre de santé mentale Yendoubé, sœur Espérance Sonia a, pour sa part, attiré l’attention sur la multiplicité des facteurs susceptibles de fragiliser la santé psychique des populations. La précarité économique, les difficultés sociales, l’exposition à certaines substances psychoactives et les conséquences de l’insécurité figurent parmi les réalités auxquelles les équipes sont confrontées.
« Les causes des maladies mentales sont multiples et multifactorielles », a expliqué la directrice, évoquant notamment les personnes qui, poussées par la nécessité, partent à l’aventure à la recherche de meilleures conditions de vie et peuvent se retrouver exposées à des substances nocives pour leur santé.
Dans la région des Savanes, les déplacements de populations et les bouleversements provoqués par l’insécurité constituent également des facteurs de vulnérabilité. Quitter son milieu de vie, perdre ses repères et devoir s’adapter à un nouvel environnement sans disposer de ressources suffisantes peuvent accentuer la détresse psychologique.
Sœur Espérance Sonia a également évoqué certaines complications survenant autour de la naissance, les accidents et les traumatismes susceptibles d’affecter le cerveau et d’entraîner des séquelles neurologiques. Ces situations appellent, selon elle, une attention accrue, une meilleure prévention et un accès plus précoce aux soins.

Ces différents facteurs ne conduisent pas systématiquement à un trouble mental, mais peuvent contribuer à fragiliser certaines personnes et justifient une réponse sanitaire attentive à leurs conditions de vie.
Une semaine de proximité au plus près des communautés
Pour donner un prolongement concret à cette journée internationale, le Centre de santé mentale Yendoubé a déployé un programme d’activités étalé sur une semaine. Des conférences dans les villages, des séances de sensibilisation communautaire et des consultations gratuites ont notamment été organisées afin de rapprocher les services de santé mentale des populations.
Les équipes ont également effectué des visites auprès des patients et de leurs familles. Une attention particulière a été accordée aux réfugiés et aux personnes déplacées, dont les parcours peuvent être marqués par des ruptures sociales, des pertes de repères et des expériences éprouvantes.
Des émissions radiophoniques diffusées sur les stations locales de Dapaong ont complété ce dispositif, avec l’ambition d’élargir la sensibilisation au-delà des participants présents aux activités de terrain.
Point d’orgue de cette mobilisation, une conférence-débat a permis de revenir sur les enjeux de la santé mentale et sur les moyens de mieux accompagner les personnes concernées. La visite guidée du centre et l’exposition des réalisations des patients ont également contribué à valoriser leurs capacités, leur créativité et leur participation à la vie collective.
La cérémonie a enfin été l’occasion de saluer l’engagement des partenaires techniques et financiers, notamment la Fondation Benito Menni, la Conférence épiscopale et CRS Togo, dont les appuis contribuent au développement des activités de santé mentale dans la région.
Yendoubé, un maillon essentiel de la prise en charge dans les Savanes
Au-delà de cette commémoration, les chiffres communiqués par la direction illustrent l’importance de la demande de soins. Le Centre de santé mentale Yendoubé accueillerait, selon sa directrice, entre 500 et 600 patients par mois, tandis que les statistiques annuelles annoncées se situent entre 14 000 et 15 000 consultations.

Ces données témoignent du rôle de cette structure dans l’offre de soins spécialisés au nord du Togo. Elles soulignent également la nécessité de consolider les moyens humains, matériels et financiers consacrés à l’accompagnement des personnes vivant avec des troubles mentaux.
À l’échelle internationale, l’Organisation mondiale de la Santé rappelle que les troubles mentaux touchent des populations de tous âges et de tous milieux, alors que l’accès à des soins efficaces demeure insuffisant pour une grande partie des personnes concernées. L’organisation préconise notamment de renforcer les services de proximité, de combattre la stigmatisation et de faire davantage participer les personnes concernées à l’élaboration des dispositifs de soins.

À Dapaong, le message porté par Yendoubé s’inscrit dans cette même exigence : rompre l’isolement, écouter les patients, soutenir leurs familles et faire de la santé mentale une priorité partagée.
Car soigner ne consiste pas seulement à traiter des symptômes. C’est aussi restaurer la dignité, favoriser le retour à une vie sociale et rappeler à chacun qu’aucune souffrance psychique ne devrait condamner une personne au silence ou à l’exclusion.
Diblo TAKINI
Correspondant AfreePress dans la région des Savanes











