Le Togo prépare la mise en œuvre de la résolution « Corriger la carte », adoptée le 4 septembre 2026 par l’Assemblée générale des Nations Unies. Robert Dussey s’est entretenu avec Tom Patterson, Bernhard Jenny et Bojan Šavrič, concepteurs de la projection Equal Earth, autour de son déploiement scientifique, éducatif et institutionnel en Afrique. Un groupe consultatif scientifique pourrait prochainement être constitué.
Par Olivier Adja
Lomé, le 22 septembre 2026-(©AfreePress)- Après avoir porté la question de la représentation cartographique de l’Afrique jusqu’à la tribune des Nations Unies, le Togo ouvre désormais le chantier de la mise en œuvre. Le ministre des Affaires étrangères, de l’Intégration régionale et des Togolais de l’extérieur, Prof. Robert Dussey, s’est entretenu, le 20 septembre 2026 par visioconférence, avec Tom Patterson, Bernhard Jenny et Bojan Šavrič, les trois cartographes à l’origine de la projection Equal Earth. Les scientifiques ont accepté d’apporter leur expertise à la suite de l’adoption, le 4 septembre dernier, de la résolution A/RES/80/307, intitulée « Corriger la carte : rééquilibrer la représentation cartographique mondiale et promouvoir une représentation équitable des régions du monde, en particulier l’Afrique ».
Adopté à une très large majorité — 164 voix pour, une contre et six abstentions — le texte porté par le Togo au nom du Groupe africain ne prescrit pas l’abandon d’une projection particulière. Il encourage les États, les organisations internationales et les autres acteurs concernés à promouvoir et utiliser Equal Earth et d’autres projections à superficies égales lorsque la comparaison de la taille relative des territoires revêt une importance particulière. La résolution invite également à mieux enseigner les limites inhérentes aux différentes projections cartographiques.
De la résolution à l’action
Au cours de cet échange, Robert Dussey a salué le travail scientifique réalisé par les trois concepteurs d’Equal Earth. Développée en 2018, cette projection a été pensée pour préserver les superficies relatives des continents tout en offrant une représentation visuellement équilibrée du monde. Son intérêt réside notamment dans sa capacité à restituer plus fidèlement les rapports de superficie entre les différentes masses terrestres, là où la projection de Mercator, conçue à l’origine pour la navigation, accentue les dimensions apparentes des territoires situés aux hautes latitudes.
Les discussions ont porté sur plusieurs axes susceptibles de structurer la prochaine phase de l’initiative #CorrectTheMap. Parmi ceux-ci figurent l’accompagnement scientifique et technique des États et institutions désireux d’adopter des projections à superficies égales, la mise à disposition de cartes de référence librement utilisables ainsi que la conception de ressources pédagogiques adaptées aux systèmes éducatifs africains. Le Togo entend ainsi prolonger sur le terrain le plaidoyer engagé au niveau multilatéral.
« Une carte juste ne change pas la géographie : elle change notre regard sur le monde. La justice cognitive commence par là, par la manière dont les enfants apprennent à situer leur continent. Les trois scientifiques qui ont conçu Equal Earth ont donné à l’Afrique un instrument que nous entendons désormais mettre au service de nos écoles », a indique le ministre Prof. Robert Dussey.
Un groupe consultatif scientifique en préparation
La rencontre devrait également déboucher sur un mécanisme de concertation plus structuré. Selon les éléments communiqués à l’issue des échanges, le Togo envisage de soumettre, dans les prochaines semaines, une note conceptuelle consacrée à la création d’un groupe consultatif scientifique chargé d’accompagner la mise en œuvre de la résolution. Les trois concepteurs d’Equal Earth ont été invités à y participer à titre personnel.
Cette démarche intervient alors que l’initiative togolaise connaît une nouvelle étape internationale. En février 2026, l’Union africaine avait déjà adopté la décision Assembly/AU/Dec.959(XXXIX) sur la « correction de la carte de l’Afrique sur le globe ». Le texte adopté à Addis-Abeba reconnaît la projection Equal Earth comme référence dans le cadre de l’initiative et encourage les États membres à revoir leurs programmes scolaires en conséquence.
Equal Earth, de la recherche scientifique à l’agenda international
La projection Equal Earth a été conçue par Tom Patterson, Bernhard Jenny et Bojan Šavrič et publiée en 2018 dans l’International Journal of Geographical Information Science. Son principe est celui d’une projection dite à superficies égales : elle cherche à conserver les proportions relatives des surfaces terrestres, tout en limitant les déformations visuelles des formes. Les travaux des trois cartographes ont depuis trouvé des applications dans différents environnements de cartographie et de systèmes d’information géographique.

Le choix d’Equal Earth par l’Union africaine puis sa mise en avant dans le cadre de la résolution des Nations Unies donnent désormais à cette projection une dimension qui dépasse le seul champ académique. Le texte onusien du 4 septembre s’inscrit ainsi dans une réflexion plus large sur la manière dont les cartes façonnent l’apprentissage de la géographie, la compréhension des superficies et la perception des différentes régions du monde.
Pour Lomé, l’enjeu est désormais de transformer le succès diplomatique obtenu à New York en outils scientifiques, éducatifs et cartographiques concrets. La rencontre avec les trois concepteurs d’Equal Earth marque, à cet égard, l’ouverture d’une nouvelle séquence. Celle de la mise en œuvre de « Corriger la carte ».
L’Union africaine avait procédé l’ONU en février 2026, à travers sa décision Assembly/AU/Dec.959(XXXIX) à l’adoption d’Equal Earth dans le cadre de l’initiative « Correcting the Map of Africa on the Globe ». Le vote de l’ONU est plus nuancé que ne le laisse entendre l’expression « changer de carte » : le texte ne bannit ni Mercator ni les autres projections. Il préconise le recours à des projections adaptées à l’objectif poursuivi, notamment lorsque la comparaison des superficies est essentielle.
Les trois concepteurs sont bien associés à la suite du processus et Bernhard Jenny a confirmé récemment que son équipe était en contact avec Robert Dussey et qu’elle souhaitait explorer les moyens de contribuer à une adoption plus large de meilleures projections cartographiques.
La rencontre du 20 septembre constitue donc un prolongement concret du vote du 4 septembre, avec une volonté affichée de passer du plaidoyer international à la coopération scientifique et pédagogique.
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