Lomé, le 13 octobre 2025-(©AfreePress)- Chaque 10 octobre, le monde célèbre la Journée mondiale de la santé mentale, un moment de réflexion et d’action pour briser le silence autour des souffrances invisibles.
Au Togo, plusieurs initiatives ont marqué l’édition 2025, dont celle du Centre de santé mentale “Paul Louis René” de Kélégougan, qui a choisi d’ouvrir grand ses portes pour trois jours d’activités axées sur la sensibilisation, la consultation gratuite et l’écoute active des personnes vivant avec un handicap ou des troubles psychiques.
Du 8 au 10 octobre, les couloirs du centre de Kélégougan ont résonné de témoignages poignants et de mots d’espoir.
Pour certains patients, ces journées furent une véritable bouffée d’air. « Mon petit frère souffrait de violentes céphalées depuis des semaines. Grâce à cette campagne, il a pu bénéficier d’analyses gratuites », confie un accompagnateur soulagé.
D’autres participants ont salué cette initiative qui leur permet, pour une fois, d’être écoutés et compris. « Ici, nous sommes accueillis avec dignité, quelle que soit la pathologie. Certaines analyses sont gratuites, d’autres à coût réduit, mais l’attention humaine fait toute la différence », a confié à AfreePress, Akakpo Nadège, une mère venue consulter pour son enfant.
Pour la directrice du centre, Dr Adjovi Kolly Aziablé, cette journée n’est pas qu’un symbole. C’est un rendez-vous essentiel de reconnaissance et de dignité. « Lorsque le handicap survient, on pense souvent au corps, à la douleur physique, et l’on oublie le mental. Or, l’être humain est un tout – corps, âme, esprit et psychisme. C’est cet équilibre global que nous essayons de restaurer dans notre accompagnement », a-t-elle expliqué avant d’insister en mentionnant que la santé mentale ne doit pas être marginalisée dans la prise en charge médicale. « Cette journée est l’occasion de rappeler à toutes les personnes souffrantes que nous marchons avec elles, chaque jour de leur vie », a-t-elle laissé entendre.
Parmi les voix entendues, celle de Gaétan Ahoomey-Zunu, non-voyant et ancien député. Lui-même en situation de handicap visuel, a dressé un tableau lucide des obstacles sur les personnes souffrant de handicap au quotidien. « Les difficultés que nous rencontrons sont de quatre ordres : relationnelles, matérielles, infrastructurelles et informationnelles », énumère-t-il et de préciser. « Relationnelles, parce que le regard des autres est souvent chargé de pitié ou d’exclusion. Matérielles, car les équipements adaptés sont rares et coûteux. Infrastructurelles, du fait du manque d’accessibilité dans les bâtiments publics ou sur la voie urbaine. Informationnelles, enfin, car les médias et la culture ne tiennent pas toujours compte des personnes handicapées visuelles », a-t-il égrené.
« Même trouver un emploi demeure un défi. Il faut combattre les préjugés et ouvrir des portes. Ce que nous demandons, c’est de pouvoir participer à la vie sociale comme tout le monde », a-t-il plaidé avec dignité.
En dépit des efforts constants du gouvernement en faveur de l’inclusion et de l’autonomisation des personnes handicapées, les acteurs du secteur estiment qu’il reste encore « beaucoup de chemin à parcourir ».
Cette journée mondiale aura eu le mérite de remettre la santé mentale au cœur du débat public, dans un contexte où les souffrances psychiques sont souvent silencieuses, par honte ou méconnaissance.
Le Centre Paul Louis René de Kélégougan, par cette mobilisation, rappelle qu’il n’y a pas de santé sans santé mentale.
BLEWOUSSI René









