Lomé, le 31 août 2026-(©AfreePress)- Quinze ans après sa création, le Syndicat national des journalistes indépendants du Togo (SYNJIT) ne célèbre pas son anniversaire sous les lampions. Le 27 août 2026, date marquant ses quinze années d’existence, l’organisation syndicale a plutôt choisi de mettre en lumière la réalité sociale d’une profession qu’elle juge dangereusement fragilisée.
Le diagnostic repose sur une enquête conduite entre avril et mai 2026 auprès de 69 journalistes actifs du secteur privé. Les résultats communiqués par le SYNJIT dessinent une profession confrontée à une précarité salariale, contractuelle et sociale persistante.
Premier signal d’alarme
91,3 % des journalistes interrogés déclarent percevoir moins de 100 000 FCFA par mois, tandis que 49,3 % gagnent moins de 50 000 FCFA. À cette faiblesse des revenus s’ajoute une instabilité professionnelle préoccupante. 60,9 % des répondants évoluent sous CDD, à la pige, en stage ou dans le bénévolat prolongé. Près de 38 % signalent par ailleurs des retards importants ou une irrégularité dans le paiement de leurs revenus.
Le tableau est également sombre sur le front de la protection sociale. Selon le syndicat, plus d’un journaliste privé sur deux ne bénéficie ni d’une couverture à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), ni d’une assurance santé. Plus préoccupant encore, 78,3 % des personnes interrogées estiment ne pas pouvoir exercer le métier jusqu’à la retraite.
Cette situation contraste avec l’espoir suscité par la Convention collective des journalistes et professionnels des médias, signée à Lomé le 14 octobre 2022. Fruit de plusieurs années de négociations, le texte comprend 104 articles et encadre notamment les salaires, les primes, les carrières et les stages professionnels.
Quatre ans après, le SYNJIT estime toutefois que le passage du texte à la pratique demeure largement insuffisant. Le syndicat appelle ainsi à une application effective et à un contrôle renforcé de la convention, à l’instauration d’un salaire plancher digne, ainsi qu’à un conditionnement de l’aide publique aux médias au respect des obligations sociales, notamment la déclaration du personnel à la CNSS et la régularité des salaires.
Autre exigence : mettre un terme au bénévolat déguisé, à travers un encadrement juridique plus rigoureux des stages.
Au-delà des revendications corporatistes, le SYNJIT pose ainsi une question qui dépasse le seul sort des journalistes. Peut-on construire une information professionnelle, indépendante et durable sur une main-d’œuvre privée de stabilité et de protection sociale ?
Pour son quinzième anniversaire, le syndicat livre donc moins un message de célébration qu’un avertissement. Si les réformes tardent, prévient-il, la profession risque de perdre progressivement ses talents et, avec eux, une partie de sa capacité à produire une information de qualité au service du public.
Olivier A.











