Lomé, le 23 août 2025-(©AfreePress)- « La dette totale ne peut jamais être remboursée puisqu’elle représente de l’argent qui n’existe pas ». Cette affirmation est de Louis Even, penseur canadien et fondateur de l’Institut qui porte son nom et trouve un écho particulier en Afrique à l’heure où nombre de pays, dont le Togo, font face à une dette publique croissante et pesante.
C’est autour de cette réflexion qu’a été organisée, vendredi 22 août 2025, dans la salle de conférence de l’Hôtel Nord-Sud à Adidogomé, une projection-débat initiée par le bureau local Afrique de l’Institut Louis Even. Au cours de l’événement, deux films éducatifs ont été présentés, dont : « L’île des Naufragés », parabole illustrant l’impossibilité structurelle de rembourser collectivement capital et intérêts dans un système dominé par la dette.

La fable met en scène cinq naufragés représentant le système productif, et un banquier symbolisant le système financier. Ce dernier, prêtant de l’argent avec intérêt, crée un déséquilibre mathématique rendant impossible le remboursement intégral de la dette. Avec le temps, le capital reste impayé, les intérêts s’accumulent, et les ressources réelles de la société sont accaparées par le créancier. Cette démonstration, selon les organisateurs, illustre la mécanique de la dette publique actuelle. Les populations produisent les richesses, mais ce sont les institutions financières internationales qui en tirent le plus grand bénéfice.
Pour Jean Lare, premier responsable du bureau Afrique-Togo de l’Institut Louis Even, l’objectif est d’éveiller les consciences et briser le mythe qui entoure l’argent.
« Mathématiquement, la dette publique ne peut pas être payée puisqu’elle est constituée d’argent qui n’existe pas, mais que l’on réclame pourtant. C’est cette spirale qui appauvrit les peuples et alimente l’inflation », a-t-il indiqué.
Intervenant en ligne depuis le Canada, Philibert Balglimana, représentant de l’Institut Louis Even, a abondé dans le même sens. Selon lui, la dette ne finit jamais. « On s’endette toujours davantage pour payer l’ancienne dette. La seule issue pour les États africains est de reprendre le contrôle de la création monétaire en fabriquant leur propre monnaie », a-t-il recommandé.
L’Institut plaide ainsi pour une « démocratie économique », modèle de société qui garantirait justice sociale et prospérité partagée, par une réforme profonde du système monétaire et par l’éducation des populations.
En marge de la rencontre, des exemplaires de l’ouvrage : « Vers Demain », publication phare de l’Institut Louis Even, ont été distribués aux participants. Ce livre pose notamment la question de savoir : « Qui sont les vrais maîtres du monde ? ».

Selon les dernières données d’UMOA-Titres, l’encours de la dette publique du Togo s’élevait à 1 959,50 milliards de FCFA à fin juin 2025, soit une baisse de 2,9 % par rapport à décembre 2024. Cette amélioration s’explique par un ralentissement volontaire des émissions obligataires et une accélération des remboursements. Le pays a versé 448,30 milliards de FCFA sur six mois, contre 322,55 milliards un an plus tôt, soit une hausse de 39 %.
La dette intérieure représente 57,67 % de l’encours, soit 39,89 % du PIB, un ratio jugé encore soutenable au regard des standards internationaux. Cette discipline budgétaire renforce la crédibilité financière du pays et ouvre l’accès à de meilleures conditions d’emprunt.
Cependant, cette dynamique de désendettement ne se traduit pas directement dans le quotidien des ménages. Certains produits de première nécessité continuent de voir leurs prix grimper, tandis que les salaires stagnent, affectant durablement le pouvoir d’achat des Togolais.
Eric K.









