Lomé, le 06 juillet 2026 (©AfreePress) – Dans les rues de la localité de Zanguéra, vaste banlieue située au sud-ouest de la ville de Lomé, un mot revient avec insistance dans les conversations. Il s’agit du mot « Jamaïca ». L’expression, largement employée par les habitants, désignerait une forme de prostitution discrète qui, selon plusieurs témoignages recueillis par l’agence de presse AfreePress, gagnerait progressivement du terrain dans plusieurs localités de cette périphérie urbaine.
D’Agbléliko à Dangbéssito, en passant par Attigankopé, Dékpor, Klémé, Klikamé, Sanyrakor ou encore Vogomé, des riverains décrivent un mode opératoire qui se distinguerait des formes traditionnellement associées à la prostitution. Les bars, hôtels, motels et débits de boissons ne constituaient plus des lieux de rencontre et de convivialité. Les contacts s’effectuaient désormais dans des espaces publics du quotidien, notamment autour des vendeuses de repas de rue, où les protagonistes se fondaient parfaitement dans la foule.
« Elles s’installent simplement comme des clientes ordinaires. Rien dans leur apparence ne laisse supposer qu’elles recherchent un partenaire de jambes en l’air contre rémunération », confie une commerçante de khom, rencontrée à Zanguéra.
Selon cette dernière, les codes vestimentaires ont évolué. Les tenues ostensiblement provocantes auraient laissé place à des vêtements sobres et ordinaires, rendant toute distinction quasiment impossible. Les premiers contacts se feraient discrètement, parfois à travers un simple échange de regards ou quelques mots échangés autour d’un repas. Les habitants interrogés évoquent des relations transactionnelles pouvant débuter après des dépenses de faible montant, illustrant selon eux la précarité dans laquelle se trouveraient certaines jeunes femmes.
Cette discrétion rendrait le phénomène particulièrement difficile à appréhender. Contrairement aux réseaux de prostitution visibles, les personnes concernées changeraient régulièrement de lieu et s’adapteraient aux opportunités, compliquant toute tentative d’identification ou d’évaluation de son ampleur.
Au-delà des apparences, plusieurs observateurs estiment que cette situation traduit avant tout une profonde fragilité socio-économique. Le chômage des jeunes, l’augmentation du coût de la vie, les difficultés familiales et le manque de perspectives professionnelles constitueraient autant de facteurs susceptibles de favoriser le recours à des relations sexuelles transactionnelles comme stratégie de survie.
Les spécialistes des questions sociales rappellent que la prostitution transactionnelle est souvent étroitement liée à la pauvreté, aux inégalités économiques et aux violences basées sur le genre. Au Togo, si la prostitution elle-même n’est pas explicitement interdite, plusieurs activités connexes, notamment le proxénétisme, l’exploitation sexuelle et la prostitution impliquant des mineurs, sont sévèrement réprimées par la législation.
Les inquiétudes exprimées par les habitants portent également sur les conséquences sanitaires et sécuritaires d’une telle pratique. Les risques d’infections sexuellement transmissibles, de grossesses non désirées, de violences, d’escroqueries, d’exploitation sexuelle et, dans les cas les plus graves, de traite des personnes, demeurent des préoccupations majeures pour les acteurs de la protection sociale.
Face à cette réalité décrite par les populations locales, plusieurs voix plaident pour une réponse dépassant la seule dimension répressive. Elles préconisent le renforcement des politiques d’insertion professionnelle des jeunes, l’accompagnement des personnes vulnérables, l’accès aux services de santé sexuelle et reproductive, ainsi que des campagnes de sensibilisation destinées à prévenir l’exploitation et les violences.
Si le terme « Jamaïca » relève avant tout du langage populaire et ne correspond à aucune qualification officielle, les témoignages recueillis traduisent néanmoins une préoccupation réelle dans plusieurs quartiers de Zanguéra. Ils invitent à ouvrir une réflexion plus large sur les effets de la précarité économique et sur la nécessité de renforcer les dispositifs de protection des jeunes les plus exposés.
Olivier A.
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