Lomé, le 03 mars 2026 -(©AfreePress)- Alors que les tensions entre l’Iran et les puissances occidentales atteignent leur paroxysme, le spectre d’une extension géographique du conflit plane sur la scène internationale. Pour Dr Ekue Folly GADA, éminent universitaire et analyste géopolitique togolais, cette escalade pourrait avoir des répercussions considérables sur la sécurité des États ouest-africains.
Selon l’universitaire, l’élargissement du théâtre des opérations expose directement les pays de la CEDEAO à des risques collatéraux. Il souligne que les accusations récurrentes des États-Unis concernant le soutien de Téhéran à divers groupes, via des relais comme le Hezbollah, laissent présager, en cas de conflit prolongé, un effet de cascade où les alliances et les représailles pourraient s’étendre jusqu’aux rivages africains, en l’occurrence la Côte d’Ivoire qui abrite une base militaire française et de nombreux fidèles musulmans de confession chiites d’origine libanaise.
L’Afrique, un nouveau champ de rivalités ?
Pour étayer sa thèse, Dr Ekue Folly GADA puise dans l’histoire récente. Il établit un parallèle avec le conflit ukrainien, observant que la Russie, pour contrer l’influence occidentale, a stratégiquement renforcé sa présence diplomatique et économique en Afrique. « Les grandes puissances perçoivent le continent non plus comme une périphérie, mais comme un levier stratégique », explique-t-il. Selon lui, l’Iran pourrait adopter une logique similaire, cherchant à déstabiliser les intérêts occidentaux sur le sol africain.
L’universitaire rappelle également les leçons de la Seconde Guerre mondiale, où les forces de l’Axe avaient déjà identifié le continent africain comme un maillon logistique vital pour les Alliés, en faisant une cible militaire de premier ordre. Un précédent historique qui, selon lui, devrait inciter à la plus grande vigilance.
La CEDEAO face à ses fractures internes
Interrogé sur la capacité de réaction de l’organisation sous-régionale, l’enseignant-chercheur se montre préoccupé par le manque de cohésion affiché. Il observe que la CEDEAO traverse actuellement une période de turbulences internes, comme en témoigne l’annulation des festivités de son cinquantenaire à Lomé. Cette fragilité se traduit par une approche diplomatique fragmentée. « Chaque capitale cherchera d’abord à préserver ses intérêts propres, comme on l’a vu avec les déclarations individuelles de certains États, de la Côte d’Ivoire à d’autres pays, adoptant des positions nuancées ou ouvertement critiques face aux frappes occidentales », analyse-t-il.
Le piège diplomatique de l’alignement
Pour lui, cette désunion expose les pays membres à de fortes pressions. Il rappelle que le conflit russo-occidental a démontré comment les votes aux Nations unies servaient de baromètre de l’allégeance des États. « Se positionner trop ouvertement expose à un double risque : afficher un soutien à l’Iran pourrait entraîner des sanctions américaines ; s’aligner sur Washington pourrait, à l’inverse, transformer ces nations en cibles pour les adversaires de ce camp », prévient-il. Ce mécanisme diplomatique, selon lui, transforme inexorablement un conflit régional en une confrontation mondiale aux ramifications complexes.
La diversification des partenariats comme bouclier économique
Face aux potentielles ruptures des chaînes d’approvisionnement avec l’Europe, il rejoint l’idée d’une nécessaire réorientation stratégique. Il voit dans la Chine, premier partenaire technique et financier de nombreux pays d’Afrique subsaharienne, une alternative crédible. « Le Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC) pourrait offrir le cadre institutionnel idéal pour négocier de nouveaux accords à l’échelle régionale », suggère-t-il, insistant sur la nécessité pour la CEDEAO d’adopter une approche concertée afin de renforcer son pouvoir de négociation.
En définitive, au-delà des scénarios d’embrasement, Dr Ekue Folly GADA estime que l’enjeu majeur pour l’Afrique de l’Ouest réside dans la préservation de sa souveraineté diplomatique et la sécurisation de ses intérêts. Dans un monde en pleine recomposition géopolitique, il appelle à une lucidité stratégique accrue et à une diversification impérative des partenariats comme remparts aux pressions extérieures.
Olivier A.









