Lomé, Togo, le 30 juillet 2024 (AfreePress) – La communauté internationale a célébré, comme chaque année, la Journée mondiale de lutte contre la traite des êtres humains.C’était ce mardi 30 juillet. Au Togo, l’événement revêt une importance particulière. À Lomé, Compassion International Togo a réuni ses partenaires, parmi lesquels se trouve la Conférence des Églises de toute l’Afrique (CETA), le Réseau de Lutte contre la Traite des Enfants au Togo (RELUTET), les ministères sectoriels et les églises partenaires pour une réflexion approfondie sur la question de la traite des êtres humains, en particulier celle des enfants dans le pays.
Placée sous le thème : « Ne laissons aucun enfant de côté dans la lutte contre la traite des personnes », cette conférence-débat, tenue à la fois en présentiel et en ligne, a permis à l’organisation chrétienne et à ses partenaires du Togo ainsi qu’à d’autres acteurs du Nigeria de dresser un état des lieux de la traite des êtres humains en Afrique de l’Ouest et au Togo en particulier. Ils ont pu partager leurs expériences et définir de nouvelles stratégies pour éradiquer ce fléau.
« Cette célébration nous offre l’occasion de nous mobiliser et de débattre sur cette thématique cruciale. En tant qu’organisation dédiée au développement holistique des enfants, la lutte contre la traite des êtres humains est une priorité pour nous. À Compassion International Togo, nous prenons en charge plus de 85 000 enfants et jeunes. Ce sujet nous tient à cœur car nous avons été confrontés à des cas d’enfants victimes de la traite », a laissé entendre Koffi Ahonon, Directeur national de Compassion International Togo.

Les différentes présentations et échanges lors d’un panel ont permis d’identifier les facteurs favorisant ces pratiques. Un des principaux défis auxquels les organisations engagées dans cette lutte font face, est le manque de données fiables.
Les quelques statistiques disponibles proviennent de projets périodiques menés par diverses organisations, ce qui ne permet pas de mesurer précisément l’ampleur du phénomène.
« En 2016, 2 332 enfants en étaient victimes, avec 1 723 cas de traite transfrontalière et 609 cas de traite interne. En 2017, 1 075 enfants ont été victimes, dont 607 cas de traite transfrontalière et 468 cas de traite interne. En 2018, 732 victimes, dont 441 cas de traite transfrontalière et 291 cas de traite interne. Cette année, nous avons enregistré 22 cas de traite en provenance de la Sierra Leone. Actuellement, 86 migrants, dont 26 Togolais en Guinée Équatoriale, sont en cours de rapatriement au Togo (Source : CNLTP), mais il existe un problème de moyens », a expliqué GBEMOU Emile, membre du RELUTET.
Pour ce spécialiste, le manque de données est lié à la complexité du phénomène.
L’identification et la protection des enfants victimes restent difficiles en raison du faible nombre de signalements, du manque de sensibilisation et de l’insuffisance des ressources allouées aux services d’aide aux victimes. Les trafiquants ont souvent recours à la coercition, à la tromperie et aux menaces pour garder le contrôle sur leurs victimes, ce qui complique l’intervention des autorités.
Compassion International Togo et ses partenaires s’engagent à relever ces défis en mettant un accent particulier sur la sensibilisation, la lutte contre la pauvreté, la protection des groupes vulnérables et le soutien aux victimes de la traite.
« Nous savons que la pauvreté est un des éléments déclencheurs. Les parents, par naïveté, laissent parfois leurs enfants travailler auprès de connaissances dans d’autres localités, voire d’autres pays, en échange de revenus. De nombreux jeunes partent également en aventure faute d’informations adéquates et finissent par tomber dans les griffes du travail forcé et de l’exploitation. Cette rencontre nous permet donc de sortir avec des plans d’actions concrets pour améliorer notre lutte contre ce fléau », a précisé le Directeur national de Compassion.
Une des solutions identifiées lors de cette rencontre est la lutte contre les migrations irrégulières. Les églises sont appelées à jouer un rôle crucial dans ce domaine.
« Le rôle de l’Église est avant tout préventif. L’Église doit s’assurer de tout mettre en œuvre pour empêcher nos jeunes de tomber dans le piège de la traite des êtres humains, en sensibilisant ses fidèles et en intégrant ce phénomène dans ses enseignements et activités », a indiqué Mme Angèle WILSON-DOGBE, Directrice du bureau régional de la CETA.
Outre la sensibilisation, l’Église et les autres acteurs sont également appelés à offrir un soutien financier et psychologique aux victimes.
Intervenant depuis le Nigeria, le Révérend Emmanuel Gabriel, directeur national du projet Symbol of Hope, a partagé les initiatives de son pays dans la lutte contre la traite des êtres humains. KADJOU Blewoussi du Ministère des Affaires Étrangères et des Togolais de l’Extérieur a également rappelé les actions menées par le gouvernement togolais au niveau national et international.
Il est important de noter que la traite des personnes touche principalement les enfants et prend diverses formes, notamment l’exploitation par le travail forcé, la criminalité ou la mendicité, la traite à des fins d’adoption illégale, ainsi que la violence et l’exploitation sexuelle en ligne.
Les peines prévues par la loi togolaise contre ce trafic vont de cinq à quinze ans de réclusion et une amende allant de cinq à dix millions de francs CFA.
Raphaël A.









