Lomé, le 23 août 2026-(©AfreePress)- La diplomatie togolaise connaît une nouvelle séquence de visibilité sur le continent. De la crise sahélienne aux turbulences des Grands Lacs, en passant par les dossiers de détenus et les transitions politiques, Lomé s’est progressivement construit une réputation de capitale où les canaux de dialogue restent ouverts lorsque les relations officielles se crispent. À la manœuvre, le Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, dont la méthode repose moins sur l’éclat médiatique que sur la négociation discrète.
La libération, le 20 août dernier, de deux ressortissants étrangers capturés au Mali en juillet 2024 lors des combats de Tinzawaten vient de remettre cette diplomatie sous les projecteurs. Présentés comme des membres du groupe Wagner et détenus par le Front de libération de l’Azawad (FLA), les deux hommes ont recouvré la liberté dans le cadre d’une séquence de négociations où le Togo aurait joué un rôle de facilitation entre Bamako et le mouvement armé. Plusieurs médias régionaux attribuent à Lomé une implication importante dans ce dénouement, même si le rôle exact de chaque intermédiaire demeure difficile à documenter publiquement.
Cette libération intervient quelques jours seulement après celle de 82 militaires maliens, annoncée le 13 août. Là encore, des sources régionales font état d’une implication togolaise dans les contacts ayant facilité leur remise en liberté, même si les autorités militaires maliennes ont également insisté sur leurs propres opérations et la pression exercée sur les groupes armés.
Le pari du dialogue plutôt que de la rupture
Ce nouvel épisode n’est pas isolé. Il s’inscrit dans une politique étrangère togolaise qui, depuis plusieurs années, privilégie le maintien des passerelles avec des gouvernements et des acteurs dont les relations avec la communauté régionale ou internationale sont parfois exécrables.
Le dossier nigérien en fournit l’une des illustrations les plus significatives. Après le coup d’État de juillet 2023, la CEDEAO avait désigné Faure Gnassingbé pour engager le dialogue avec les nouvelles autorités de Niamey. L’objectif était alors de rechercher une issue à la crise sans aggraver la confrontation entre l’organisation régionale et la junte nigérienne.
Cette position a progressivement conféré à Lomé une marge de manœuvre particulière auprès des régimes militaires du Sahel. Le Togo a maintenu des relations avec le Burkina Faso, le Mali et le Niger, tout en demeurant membre de la CEDEAO. Dans une région où le fossé entre l’Alliance des États du Sahel (AES) et l’organisation communautaire s’est considérablement creusé, cette position intermédiaire constitue un levier diplomatique non négligeable. La presse internationale avait déjà relevé cette capacité de Faure Gnassingbé à conserver des contacts avec les juntes sahéliennes tout en évitant une rupture totale avec les institutions régionales.
La médiation togolaise avait également été mise à contribution dans le dossier des militaires ivoiriens détenus au Mali. Leur libération, en 2023, avait donné lieu à des remerciements publics adressés au chef de l’État togolais par les autorités ivoiriennes.
Des Grands Lacs au Sahel : changement d’échelle
Mais c’est dans les Grands Lacs que la diplomatie de Faure Gnassingbé a changé de dimension.
En avril 2025, l’Union africaine l’a désigné médiateur dans le processus de paix relatif à l’est de la République démocratique du Congo et aux relations entre Kinshasa et Kigali. La décision, proposée par le président angolais João Lourenço, a été approuvée au niveau de l’Union africaine.
Depuis, le chef de la médiation africaine multiplie les consultations. Kigali, Kinshasa, Bujumbura, Kampala et Luanda figurent parmi les capitales concernées par les efforts visant à mieux articuler les différentes initiatives de paix. En janvier 2026, Faure Gnassingbé s’était notamment rendu au Rwanda puis au Burundi pour poursuivre les consultations autour de la crise des Grands Lacs.
La portée de cette mission est considérable. L’est de la RDC demeure traversé par des affrontements, des rivalités régionales et des enjeux sécuritaires qui dépassent les frontières congolaises. L’Union africaine et les Nations unies ont d’ailleurs appelé à une meilleure coordination entre la médiation africaine conduite sous l’égide de Faure Gnassingbé et les processus de Doha et de Washington.
Plus récemment, l’Union africaine a encore renforcé cette architecture de médiation. En juillet 2026, les facilitateurs ont travaillé à une feuille de route harmonisée sur six mois pour donner davantage de substance au processus de paix dans l’est de la RDC. L’objectif affiché est désormais de passer des consultations diplomatiques à des mesures concrètes susceptibles de consolider le cessez-le-feu et la désescalade.
Lomé, capitale des passerelles ?
Le dénominateur commun de ces différents dossiers est clair : ne jamais fermer complètement la porte du dialogue.
Dans un continent où les coups d’État, les conflits armés, les ruptures diplomatiques et les rivalités géopolitiques se multiplient, cette doctrine peut constituer un avantage stratégique. La diplomatie togolaise entend ainsi parler avec des gouvernements, des organisations régionales, des partenaires internationaux, mais aussi avec des acteurs qui se situent en dehors des circuits diplomatiques classiques.
Cette approche ne signifie toutefois pas que toutes les médiations togolaises aient déjà produit une paix durable. Dans les Grands Lacs notamment, les avancées diplomatiques restent confrontées à une réalité sécuritaire particulièrement difficile. L’Union africaine et l’ONU ont elles-mêmes relevé que les progrès diplomatiques ne se traduisaient pas encore suffisamment par une amélioration tangible de la situation sécuritaire et humanitaire sur le terrain.
C’est précisément là que se situe le prochain défi de Faure Gnassingbé : transformer la confiance diplomatique en résultats politiques et sécuritaires durables.
Du Mali au Niger, du Burkina Faso aux Grands Lacs, la diplomatie togolaise a en tout cas réussi à se rendre utile là où les canaux traditionnels se sont parfois enrayés. Les récentes libérations au Mali offrent une nouvelle illustration de cette capacité à maintenir des contacts dans des environnements extrêmement fragmentés.
Dans une Afrique en quête de mécanismes endogènes de règlement des conflits, le pari de Lomé est ambitieux : faire de la médiation africaine non plus un simple exercice protocolaire, mais un instrument concret de prévention des crises, de protection des vies humaines et de restauration de la confiance.
Faure Gnassingbé peut-il devenir durablement l’un des visages africains de la médiation ? La réponse dépendra moins du nombre de négociations engagées que de leur capacité à produire des résultats vérifiables. Mais une chose est désormais manifeste : du Sahel aux Grands Lacs, le Togo s’est installé dans le paysage des médiations africaines.
La Rédaction










